NOUS IRONS PIEDS NUS COMME L’IRE DES VOLCANS

 

Un texte qui convoque l’utopie, qui se lance dans la quête d’horizons, qui rêve au futur.

« L’amour est à réinventer »  - une révolution utopique par l’amour, force de vie, bouffée primordiale, bulle d’air contre tous les poéticides.

Peut-on vivre la violence des larmes, des passions, des rires, bref d’un feu dévorant, dans un monde réglé avec la précision mathématique d’une usine fordiste ?   

Un dépassement du désenchantement politique d'une période calcinée et exsangue par une déclaration d'amour.

« Quelle sorte d’espoir mettez-vous dans l’amour ? » inscrivaient en en-tête de leur revue les surréalistes, et ils avaient raison : dans la révolution comme utopie, et dans l’amour comme utopie. Comme force déchirante, comme coup de tonnerre libérateur.

Comme Antigone, qui quand elle revient à Thèbes pour tenter d'apaiser la rivalité entre ses deux frères, le fait pour dire « oui » à la vie, au futur, à la beauté et pour refuser, dans sa robe déchirée, toutes les manifestations de pouvoir. Et incarner la part féminine, celle du poétique, de l'amour sans justification, de la patience.

--Raphaël Joly, début décembre 2015

NOUS IRONS PIEDS NUS COMME L’IRE DES VOLCANS

 

 

 

Version Brève / Extraits

 

 La version intégrale est disponible dans "Artichaut 1 – Révolutions." : http://www.lechardonlitteraire.com/store/p2/Artichaut_%231_%7C_Révolutions.html 
 

« En vain dans la tiédeur de votre gorge mûrissez-vous vingt fois la même pauvre consolation que nous sommes des marmonneurs de mots

Des mots ? quand nous manions des quartiers de monde, quand nous épousons des continents en délire, quand nous forçons de fumantes portes, des mots, ah oui, des mots ! mais des mots de sang frais, des mots qui sont des raz-de-marée et des érésipèles et des paludismes et des laves et des feux de brousse, et des flambées de chair, et des flambées de villes    

                                               

 

 

                                                      Aimé Césaire, Cahiers d’un retour au pays natal, 1939

 

 

Nous irons pieds nus comme l'ire des volcans

dans d'impétueux dédales

d'innombrables prairies

Quelle évasion

 

Nous nous proclamerons solidaires des attentats du gui

de ceux des magnolias et des palétuviers

qui soulèvent le bitume

qui disputent aux bétonneuses les royaumes ordinaires

Nos renards dévoreront tous les caténaires

 

Ni les épaisses murailles de l’homme ni les ponts-levis levés ne nous arrêterons

Nos hordes de busards et de loups retentiront dans les cours intérieures

Nos régiments désordonnés et sauvages partiront à l’assaut de tous les remparts

Nos fleuves charrieront une eau renouant avec la mémoire ancestrale des torrents

Nos charges de plastic céleste viendront à bout de la lèpre administrative

Nous remuerons le sang dans les entrailles de l’aorte

Nous haïrons toute forme de froide coagulation

 

Nous mettrons le feu aux déclarations d’amour religieuses et municipales

Les rubriques « Hyménée » des quotidiens ne porteront pas notre nom

Nous boirons l’eau sacrée des fontaines jusqu’à la lie

La mièvrerie crétine prendra le poing de notre amour sur la gueule

 

Nos paroles ne seront pas soumises aux vieilles langues humaines

Nous inventerons d’autres syllabes

barbares, élémentaires

Sans que s’étiole la conversation

L’enfance reviendra

La victoire caressera l’espoir de nous appartenir

 

Nous rallumerons les flammes vacillantes

Nous tendrons la main à des ramures de cerf à la tombée de la nuit

et leurs râles puissants irradieront l’azur

Nous respirerons avidement un air à nouveau pur

Nous ferons parler les villes muettes

nichés dans les embrasures

 

Car les villes endormies rêvent de barricades

Les cités désertes rêvent de sueurs froides 

Pendant que notre monde en fusion couve en silence

nocturnes torrides et ta sueur chaude

Brasero vent brûlant soufflant sur la braise

Feulements de tigres cramoisis 

 

L'exil de nos clans mongols déchirera l'infini 

Puis nous nous retirerons comme se retire une horde d’un pays mis à sac

Nous retrouverons des terrae incognitae

Nous retrouverons le voyage

L’embrassade des feuillages

Les mots dits à l’oreille des arbres

 

La semence dans les racines

Le front butant sur la clavicule des astres

Des buissons d’orties nous marcherons vers l’écume

comme l’aigle prisonnier dans sa cage en ronge lentement les barreaux cuivrés

Nous défierons l’ennui des bois d’un vert tendre

par le dimanche marqué du chant des rossignols

au fond des bosquets ténébreux

 

Nous arpenterons pics crevasses gouffres convulsions

Escarpes abruptes

Sols bouleversés

Torrents furieux

Déserts arides

Eaux grondantes

Forêts noires

Nous vomirons les rivières onctueuses

Les pacifiques berges

Et les champs de betteraves

 

Il n'y aura rien entre nos peaux blanches et les feuilles

Nous n'aurons jamais de parapluie ni n'embrasserons de modernes accessoires

Nous marcherons le corps exposé à la pluie, la chair nue sous les gouttes 

sans aucune forme de climatisation

d’aseptisation

Aucune forme de charrue pour blesser la terre

pour labourer les chairs

 

Les étoiles suspendront leurs courses pour nous voir

La neige tombera drue pour nous voir

Les orages éclateront pour nous voir

Les carrousels trembleront sur leur axe impétueux pour nous voir

Les fleuves sortiront de leur sommeil et de leur lit pour nous voir 

Les cigales et les grillons cesseront leurs appels nuptiaux pour nous voir 

Moi cheveux défaits

Ton visage d’homme goûtera sans réserve les odeurs animales du monde

Le frottement de nos peaux comme des silex

 

Etincelles multiples

Nos souffles mêlés

Nos étreintes seront minérales

Nos mots murmurés tonneront

Bouche sur ta poitrine

Je gouvernerai ton sang

Je serai maître de ton sanglot

Je serai louve à l’aube

Lovée toute la nuit dans tes bras, avec la voûte et l'univers entier

Mes seins exposés à la morsure du givre

 

Nous serons les brigands qui dévorent les bêtes de somme

Aventuriers en Louisiane

Danseurs de tango à Buenos Aires

Braqueurs à Nice

Et ailleurs

Renards pâles

Trappeurs inuits

Chasseurs pygmés

Keshiks enflammés

Nous embarquerons sur le Maldoror rejoindre les périples des îles atlantides

Retrouver l’imprudence

 

Nous monterons à cru des chevaux sauvages

migrateurs

souverains en leurs latitudes

Nous parlerons le patois des félins

qui traceront nos routes

qui dessineront nos paysages

Faits de détroits inexpugnables

de bras de mer inflexibles

de terres désolées

de vents contraires

 

A notre flanc dans son étui d’étoiles brillera le revolver de la nuit

Et droit au travers des lignes ennemies

Jamais embusqués

Départ pour le bruit neuf

Le salut sera à l’extinction du dernier lampadaire

Le pouls de la nuit fera un franc fracas

Devant notre incendie

 

Nos os joncheront une terre ocre

Nos viandes illumineront des steppes

Les feront vibrer à perte de vue

Les feront valser

 

Dans mon ventre palpitera l'avenir

Nous laisserons notre brûlure dévorer le monde

Le feu sera notre guide 

Notre feu dévastateur violera la pax humana

Le vent soufflera sur nos pas de cendres chaudes

 

Nous serons la voix qui dit que tout est grâce

Nous serons l’ange dans le sang qui déclare

L’insurrection

Des algues rouges

D’une tempête de nuit bleutée de nuitée électrique

Nous incendierons l’horizon de nos paroles suaves

 

Surtout souviens-toi

Souviens-toi que tu n'es pas poussière

Souviens toi que tu es feuille, pierre et neige

Souviens toi que tu es la lumière blanche de l'hiver

Nous irons pieds nus comme l'ire des volcans

Je t'aime