5 poèmes

 

Les marches froides

Un bruissement de siècle mort
ses ravins de safran ses heures
ses chants ses longs cloîtres de verre

oubliés, enterrés, déterrés
examinés, discutés, brûlés,
désaccordés ces mots dont

les dissonances nous volent
aux yeux au visage aux sens
nous bleuissent l'âme

nous découpent nous tranchent
nous tissent et nous taillent
en petits tapis de plume noire

pour le son pour le goût
d'une solitude à l'autre pour voir
on les jette ces mots

à coups de marches froides
d'arènes de lampes et de vers blottis
aux encoignures du temps :

la férocité du langage

           conjugaison du crime

résonnances en guerre

Et

            à la fin

l'étrange certitude du renoncement

 

***


Elle dit

 

Elle dit : Je cherche
encore la couleur
de tes mots
le visage du désert
l’odeur d’un train
qui glisse
sur une toile d’été

l’estuaire
où s’achèvent nos
soirs assoiffés
de lune demain
repus d’une laine
grise Où est-elle
enfin
  
cette chanson
morte l’espoir
flotte sur tes
lèvres d’enfant 

La cime des chênes
dans un écho
de branches claires
me cachent le jour me
cachent la lumière

L’étoile qui me fait terre
l’ivresse qui me saigne
devant toi devant elle
devant lui cette ivresse
de pierre et de feu sous
une coulée blanche

 

***


Derviches tourneurs

 

Bleu du vendredi : circonstance aggravante d'un
Hiver enseveli : cumin d'été sur les étoiles,
Le souvenir affleure : écho de l'eau sous la mangrove avant
Les tempêtes de mai : l'inventaire des morts oubliés

Elle dit : Arriver où s'arrime le ciel et

Ensuite : errance pour Sete Cordas et
Entendre : l'espace de nos corps vides et
Voir : l'herbe blanche des nuages et
Recommencer : l'inventaire des morts oubliés

tomber en cercle vers des chemins de lumière

Premier cercle : la couleur de ta voix
Rivages primaires : les quatre chants des mers
Troisième cercle : devenir sable sous le vent
Silence des lacs intérieurs

 

***

L’hiver persan

Une araignée en robe blanche
tisse autour d’elle une forêt
de soie éphémère

[Arpèges à rayures]

Poèmes à quatre mains
coucher de soleil sur ton corps
Khayyam en printemps de verre
sous une cruche de vin noir

Moscou s’enneige dans une longue nuit

 

***

L’enfant des ronces

 

L'enfant joue

comme on casse une étoile

Avec un gourdin de ronces

pour lui arracher sa lumière

Et pour faire mal