Solitude

 

Solitude pensive
sur pierre et rosier, mort et réveil,
où libre et captive,
figée dans son vol blanc,
chante la lumière blessée par le gel.

Solitude au style
de silence sans fin et d’architecture,
où la démarche indécice
de l’oiseau dans les haies
ne réussit pas à clouer ta chair obscure.

En toi je laisse oubliée
la frénétique pluie de mes veines,
ma ceinture décorée,
et brisant des chaînes,
rose fragile je serai parmi les sables.

Rose de ma nudité
sur tissus de chaux et feu sourd,
lorsque rompu déjà le nœud,
lavé de lune et aveugle,
croise tes fines ondes de calme.

Dans la boucle du fleuve
le double cygne chante sa blancheur.
une humide voix sans froideur
sourd de sa gorge,
et parmi les joncs roule et se lève.

Avec sa rose de farine
un enfant nu mesure la rive,
tandis que le bosquet accorde
sa musique première
en une rumeur de cristaux et de bois.

Des chœurs d’immortelles
tournent affolés demandant des éternités.
leurs signes expressifs
blessent les deux moitiés
de la carte qui suinte des solitudes.

La harpe et sa plainte
prise dans des nerfs de métal doré,
si doux instrument
résonnant ou subtil,
cherchent, ô solitude, ton règne gelé.

Tandis que toi, inaccessible
à la verte lèpre du son,
il n’est pas de hauteur possible
ni de lèvre familière
par où te parvienne notre gémissement.