5 poèmes

 

DES COULEURS

Il y a des couleurs qu'on ne voit pas
Des couleurs qui apparaissent parfois
Incrustées dans les pierres
Façonnées par le feu
Des couleurs éternelles
Comme le vert, le violet
Dans l'imagination qui agence le monde
Dans les notes d'une mélodie
La couleur s'invite et illumine
Comme ce soleil noir
Présent dans nos cœurs
Comme ce diamant bleu
Que je vois dans mon rêve
Tu es bleue comme le ciel
Je suis rouge comme le diable
Nous sommes pourpres ensemble
Qu'importe les souffrances
Qu'importe l'existence
Des couleurs apparaissent
Déterminent le destin
Se déchiffre l'indicible
Se compose le réel
Qui éclate enfin
De jaune, d'orange, d'ocre
A jamais, nous, devins
Savourons, savourons
La vie éternelle

 

***


CŒUR

 

Et on enfermera mon cœur
Dans un petit coffre de bois
Il sera gris comme du papier
Comme une pomme momifiée

Mon cœur transpercé
De part en part
Mémoire de mes souffrances

Fatigué par l'amour
Fatigué par les haines
Survivant par les joies
Succinctes et discrètes

Mon cœur se rappelle
Ce que fut cette vie
Gravée à jamais
Dans cet organe sacré
Dans les replis des valves
Autrefois pleines de sang

Où la vie se niche
Quand elle quitte sa maison ?

Cœur, je veux que tu te souviennes
Qui j'étais il y a 10 ans
Qui j'étais à 15 ans

Garde ta mémoire entière
Dans ton coffre de bois
Non, ne dors pas encore
Je suis là, je suis là…

 

***


LE REFUGE

 

J’ai construit un refuge en pierre dans les arcanes de mon âme
Une protection de briques rouges contre les attaques des spectres
Il y a un jardin de cendres qui l'encercle de ses bras de poussière
Même la trop humaine et aveugle violence ne peut le transpercer

Détruisez-moi, enfin essayez…

Pourquoi l'hiver n'a pu créer la glace ?
Pourquoi le froid n'est seulement qu'un mot ?
Pourquoi l'épée n'est qu'un symbole de feu ?
Pourquoi la nuit est une belle déesse bleue ?

Abruptes montagnes,
Sommets lointains
D'en bas je contemple
Mon avenir en vain

Le refuge est consolidé par la grâce des éléments
Des pierres s'entrechoquent, jaillissent des étincelles
Un feu constant irradie de sa chaleur les murs

Comprendre
l'articulation des corps

Connaître
l'agencement secret

Comme dans une forge, le métal se liquéfie et des outils d'or naissent de mes mains

 

***

 


HEMISPHERE

L'hémisphère gauche réduit
J'erre dans le monde
Je déconnecte sans peine
Les données du langage
Brisant les chaînes
Et le carcan du sens
La terre m'appelle
Comme une louve blanche
Son cri transperce la nuit
Et frappe mon cœur
Avec la dignité du grand style
Je m'enfonce dans le chaos
Je sombre dans l'air
Retrouvant mes ailes
Celles qui me reviennent
A moi l'ange du vent
Retenu par ce monde
Parsemé de matière triste
La noblesse latente
Irradiant d'un feu discret
Les cellules de mon corps
Je m'enfonce doucement
Vers des recoins plus clairs
Vers la pâleur de ta chair
Qui me tient éveillé
Sous le soleil de la nuit

 

***


BALANCEMENT

Sous les arcanes majeurs
La trace de mon sang noir
Un pauvre bateleur
Sautille et danse le soir

Loin les inquiétantes cimes
Admirables gouffres blancs
Je n'ai peur d'aucun abîme
Attirance du point médian

Pourtant la route ondule
Elle fuie dans un bruit mat
Ses franges reflètent la lune
S'égrènent en rêve mes pas

J'observe amicalement
Les extrêmes qui s'opposent
Alors que vient le temps
Du secret pâle des roses

Sous les arcanes majeurs
La trace de mon sang noir
Un pauvre bateleur
Sautille et danse le soir