Choix de poèmes

 

 c'est au matin dans le parc
après la rosée dans la
reverdie de la lumière
une brume comme si
un feu couvait sous la terre

 

*

 

solution

une solution qui fermente
parmi l'odeur des levures
(les malteries sous le vent)
puis se dissipe et te laisse
seul, au milieu des vertiges

 

*

 

orage

un sanglot à fond de gorge
un orage qui fermente
et amasse des fureurs

trois gouttes vont s'écraser
sans rafraîchir ta peau
sans aérer le temps

 

*

 

in altum

cri que tu lèves
quand - ciel trop haut forces épuisables -
il ne faudrait que
baisser
et que toute ta chair soit un cri
qui plonge

 

*

 

la pluie a lavé ciel terre
si tu pouvais bel orage
rabattre comme les poussières
ce front et noyer les fièvres
mortes du ressentiment

 

*

 

pétri de nuits et de larmes
qui se cuit dans la lumière
au four obscur de la chair
romps-moi ce cœur comme un pain !

 

*

 

à sommet de colline et de jour
(et ce n'est pas midi) il y a
en face à mi-hauteur de montagne
une lune parfaitement ronde et
grosse (et la voilà qui ne prend plus
ses justes distances, c'est fascinant)

ce flanc de la montagne et ces roches
ces arbres nus ces prés de l'hiver
ce ciel peut-être tout cet air couleur
de bordeaux ; la lumière vineuse
qui répand une coupe de vertige
sur la terre et nos jours, ou de gloire ?

 

*

 

Grünewald

soldats culbutés ou tentant l'appui
d'une lame désormais vaine
sépulcre béant d'où il surgit
comme délivré des pesanteurs
(mais il faut voir l'effort des jambes)
bras écartés paumes ouvertes
à élargir la lumière
bouillonnement du linceul
qui se défait sur fond de nuit
et va plus définitif qu'aucune victoire
claquer