Poèmes

Artifice de la floraison

 

Renoncules !
assez timides pour être adolescentes
fleurs en foules
dans les jupons humides de la saison prochaine
dans le berceau des bourgeons endormis
foules en fleurs : femmes
prêtes à effacer le cartable des jours
à fredonner la guérison du gel
           (elle a posé sur la table de nuit
           les scarabées du quotidien
           elle a allongé un pas d’ambre
           vers les neiges sucrées
           qui fondent sous le poids du prince
           en haillons

            pour nous elle a dénudé la primevère
           elle a gémi entre les hivers démodés
           giboulées de haricots
           fèves de février
           renoncules !)

 

 

 

***

 

 

Lever de soleil à Tokyo (renga)

 

L’éclat de tes cils
nous irons sous les galets
respirer le sel

                                                          Sous la douche des parfums
                                                         un insecte bleu : ta bouche

L’abricot soupire
la chaleur d’un mur de briques
entre deux lézards

                                                          Toute mélopée s’approche
                                                        du divin comme un voleur

Prison d’orchidées
moi j’étais un peu timide
courses débridées

                                                          Il n’est d’autre point du jour
                                                         que le temple de tes hanches

S’endort en héron,
se coule en un lit de plumes,
se réveille femme

                                                          Toute la soirée d’Octobre
                                                         j’imitai le cri du freux

Si la pluie s’écarte
de l’axe des kimonos :
le vent dans tes jupes

                                                          Sous les touffes des bambous
                                                         le champagne de tes reins

Qui de nous se perd
dans l’océan de la natte
y mettra la patte

                                                          A deux pas dans la chaumine
                                                         la rime des écolières

Le jus des papayes
sur la pointe de tes seins
de lave et de lait

                                                          Témoigner la sombre plainte
                                                         du hibou rompu par l’âge

Sur ta nuque d’ombre,
le val que la dent imprime,
tout le rut du monde

                                                          Dans le suc de ta tendresse
                                                         je refleurirai mes rides

 

 

 

***

 

 

Haïkous (*) au choix

 

Lilas citadelle
de bucolique candeur
te voilà drapé.

L’herbe est court-vêtue
face au muguet clandestin :
nudité d’un jour.

Le hâle, le cerne
sur l’écorce de tes joues
comme un brou de noix

D’aucunes trop vertes
il en est de farineuses
telles femmes : pommes.

La braise grimace
nous irons ravir les mûres
aux rouges limaces.

Ta lèvre mi-close
j’y lisais à lit ouvert
érotique prose.

A la nuit tombée
nous partagerons ta natte
aux cris des mainates.

Le soleil lascif
a couvert ton corps d’albâtre
d’un bain d’or mussif.

Tu m’avais dit : songe
entre les draps esseulés
l’odeur des violettes...

La sauge, la menthe
et l’iris noir : fleurs tombales
au creux de tes reins.

A midi minuit,
perdues entre chien et loup,
la mort ou la vie

Tu allais volage
j’avais l’humeur vagabonde :
nous voilà plantés !

 

(*) Orthographe volontairement francisée

 

 

 

***

 

 

Pause

 

Ils hissèrent
sur la montagne de velours lactée
où la pulsation de l’aube
prend sa source
des grains blonds pour parfumer ta jambe

Ils percèrent
sous la caresse capricieuse de la lave
qui inondait ce soir-là ta couche
un mur de miel et de safran

Ils moururent
sur le sentier où la sueur se fait chêne
noyés par les torrents acides
de ta salive
et broyés par l’écume victorieuse
de ta hanche drapée d’eau bleue

Ils naquirent à nouveau ma
belle
c’est trop ! les draps se font carcans la crypte
est un cheval d’argile
dont le crinière se mêle au vin fou
la fluidité même de ton rire
se mue sans cesse en tocsin
et des larmes de corail
emplissent goutte à goutte
la paume de ta main glacée

Aux fenêtres de ton délire
il n’est plus d’écorce lustrée
les nuages ont labouré la mélodie
de tes reins nus
et entre tes seins pointus...

Ils germèrent

 

 

 

***

 

 

Etreinte

 

La nuit serpentine
tapie dans les douves
sur l’horizon des arbousiers

La lucarne est moite
fondent nos racines
le soleil plombe les moissons

Ta salive est mauve
la nuit volcanique
brise la houle des draps blancs

Roulés en cloporte
moi et toi ma mousse
dans l’haleine des palmeraies

Treize heures bourdonnent
au clocher des mouches
la nuit secoue ses grands jupons

Jonchées de jachères
comblées de congères
tes jambes sont ruissellement

La nuit serpentine
tapie dans les douves
sur l’horizon des arbousiers