CINQ POEMES

 

*

-conversation-

 

 

 tu pensais  à la démocratie des désirs
-ou peut-être des envies-
celle qui est terre à terre
qui n’élève pas et nous place tous
sur les rayons du bas
-tous plus proches de la poussière-
Des choses qui touchent à la dimension des héros,
puis déraillent dans une simple répétition
d’ évènements  séraphiques…
Mais c’est  –dis-je-  le train-train quotidien,
le chiffon de papier des gestes, l’acquisition
de parcelles significatives,
la familiarité lénitive du tangible.
C’est cela, je suppose… quand on aspire
à la simplicité du moment, l’illusion
du tous égaux, le rêve qui se répète.
A quoi bon désirer ? exister ? quand expire
cette pression sur l’accélérateur ?
où chercher notre identité, en nous ?
Si tout passe plus vite
la vie ne se mange pas…
         Tu te regardes les doigts : on dirait le reflet
l’énumération infantile du peu que l’on possède,
la supputation de certains nœuds …

 

                                                        Traduction de l’italien de Raymond Farina

 

 

*

- conversazione –

 

pensavi alla democrazia dei desideri
- o forse delle voglie – :
quel ché di terra terra
che non eleva e ci pone tutti
sugli scaffali ai piani bassi
- tutti più vicini alla polvere – ,
cose che attingono la dimensione degli eroi,
poi deragliano in una semplice ripetizione
di eventi serafici…
Ma è roba – dico – di tutti i giorni,
la carta straccia dei gesti, l’acquisto
di parcelle significative,
la domestichezza lenitiva del tangibile.
E’ questo, suppongo…  aspirando
alla semplicità dell’ora, l’illusione
del tutti uguali, il sogno che si replica.
Ci serve desiderare? essere? quando espira
questo premere sull’acceleratore?
dove il riconoscimento di noi, in noi?
Se tutto scorre più svelto
la vita non si mangia…
Ti guardi le dita: sembra riflettendo
enumerazione infantile di pochi averi,
il computo di certi nodi…

 

 

 

*

(des trop nombreux raccourcis que j’ai pris)

 

des trop nombreux raccourcis que j’ai pris
restent des sillages, des sentiers qui s’effacent
comme des espaces que le maquis reprend.
c’étaient  des  pensées faciles, des campements
de petits loisirs, réfractaires
aux analyses  impitoyables.
c’étaient  des plaisirs, des ajournements
d’engagements avec  soi-même,
des agenda oubliés ailleurs.
avec quelles ignominieuses raisons
je les classais parmi les choses à faire.
je croyais être un
mais je partageais un destin.
ce n’était pas facile, rien de merveilleux
dans la façon dont ça s’est passé.
les sillages, les traces reviennent
comme des cercles sur l’eau.
quelques déchets modestes
battent l’herbe des bords.
c’est pourquoi je le dis,
à quiconque pourrait-être intéressé…

 

                                                          Traduction de l’italien de Raymond Farina

 

 

*

(di molte scorciatoie che ho preso)

 

di molte scorciatoie che ho preso
rimangono scie, sentieri che scompaiono
come spazi che la macchia riconquista.
erano agevoli pensieri, accampamenti
di piccoli ozi, refrattari
ad impietose analisi.
erano piaceri, aggiornamenti
d’impegni con se stessi,
agende dimenticate altrove.
con quale ignominiosa ragione
li catalogavo tra le cose da fare.
credevo di essere uno
ma dividevo un destino.
non era facile. nessuna meraviglia
su come è andata.
le scie, le tracce ritornano
come cerchi nell’acqua.
qualche modesto rifiuto
batte alle sponde erbose.
perciò lo dico,
a chiunque possa interessare…

 

 

*

(les voix une réduction)

 

les voix une réduction
la fragmentation du son
comme une propreté de mots,
cellules d’œuf  aux membranes  tendues
et l’air, aspiré et perdu dans les gorges,
simple vibration de la pensée…
elles arrivent, elles arrivent  et parviennent à l’oreille
sans omissions, elles occupent
un espace d’ondes concentriques
comme des petits ballons au plafond,
sons invités à aucune fête,
nés pour être dits ou tus,
morts nés.
parmi elles il n’y a pas celle-là,
ni syllabe ni phonème, celle
de la réponse et du refus,
qui  babille, fasse un clin d’œil, reconnaisse
l’idée et le désir d’alors.
les pies dehors rient.
le gris le bleu
la rugosité des murs
est une réalité différente. 

 

                                                         Traduction de l’italien de Raymond Farina

 

*

(le voci una riduzione)

 

le voci una riduzione,
il frammentarsi del suono
come una pulizia delle parole,
cellule d’uovo tese alle membrane
e l’aria, aspirata e persa in gole,
semplice vibrazione del pensiero…
arrivano, arrivano e giungono all’orecchio
senza omissioni, occupano
uno spazio concentrico di onde
come palloncini al soffitto,
suoni non invitati a nessuna festa
percuotono una campana sorda,
nati per essere detti o taciuti,
nati morti.
tra esse non c’è quella,
né sillaba né fonema, quella
della risposta o del rifiuto,
che lalli, ammicchi, riconosca
l’idea e il desiderio che c’era.
fuori le gazze ridono.
il grigio l’azzurro
la ruvidezza dei muri
è una realtà diversa.

 

 

*

(Dans la sereine disposition des choses)

 

Dans la sereine disposition des choses,
objets qui trouvent place
dans notre vie,
objets parents, icônes d’une parfaite
conjoncture, d’un soir d’anniversaire,
une année passée comme à la hâte…
Rumeurs, dehors, distantes au point
que le monde paraît inexistant,
fait de paroles déshydratées,
technique, chaos, entropie des média.                                                                              
Sa présence est faite
de projets sans suite et de rêves,
terre de transition entre jeunesse et lendemains.
Les lendemains  ne nous réservent pas des jouets.
S’ils se désistent c’est pour que l’on reprenne pied
par amour ou  espoir.
Ici le vin ne perd pas son éclat.
Ici la chaleur hivernale et les vitres
embuées et le soir.
C’est seulement demain que nous apprécierons ces choses,
chemises dans une armoire, agneau au four,
retour d’un enfant à la maison.
Voilà pourquoi je joue de la flûte de Pan
avec une reconnaissance justifiée.

 

                                                           Traduction de l’italien de Raymond Farina

 

 

*

(Nella serena disposizione delle cose)

 

Nella serena disposizione delle cose,
oggetti  che trovano collocazione                                                          
nella nostra vita,
oggetti  parenti, icône di una perfetta                                
congiuntura, d’una sera d’anniversario,
un anno passato cosi in fretta…
Rumori, fuori, cosi distanti
che il mondo appare inesistente,
fatto di parole disidratate,
tecnica, babele, entropia dei media.
La sua presenza è fatta
di progetti inevasi  e sogni,
terra di transizione tra gioventù e domani.
Il domani non riserva giocattoli.
Se recede è perchè riprendiamo il controllo
per amore o speranza.
Qui il vino non perde la sua lucentezza.
Qui il calore invernale e i vetri
appannati e la sera.
Solo domani troveremo felici queste cose,
camicie in un armadio, agnello in forno,
ritorno a casa d’un ragazzo.
Perciò suono il flauto pànico
di un motivata riconoscenza.

 

 

 

*

(Tu peux même commencer)

 

tu peux même commencer
avec un phrasé inutile
si cela te fait plaisir.
T’échauffer la langue        
contre un silence rêche
de tables, de mots,
de dominos noirs. Allonger
les jambes les articulations
de ta pensée, te cacher
les paupières.
Tu peux faire de ton souffle des  volutes    
bruire de pages expressives
dans tes rides.
                 Puis
ce qui compte c’est de tomber
dans le mortier des sensations
dans des débris de nuits infinis
et des douleurs aux doigts serrés contre les yeux.
De toutes les conversations
de toutes les conversions
reste un brouillon.            
Mais dans ce vertige
ce mortier
le dernier mot n’avait pas d’importance :
(des étoiles glissaient sur la voûte
assommées, et l’aube
répertoire sur les paupières
lumière sur les murs)
elles étaient plutôt des abjurations.  

 

                                                            Traduction de l’italien de Raymond Farina

 

 

*

(puoi anche iniziare)

 

puoi anche iniziare
con un fraseggio inutile,
se ti fa piacere.
Scaldare la lingua
contro un tacere ruvido
di tavoli, parole,
dòmini neri. Allungare
le gambe le articolazioni
del pensare, nascondere
le palpebre.
Puoi generare volute di respiro
frusciare di pagine espressive
nelle rughe.
Poi
quello che conta è precipitare
nel mortaio del senso
nel frantumìo di infinite notti
e dolori alle dita strette agli occhi.
Di tutte le conversazioni,
di tutte le conversioni
resta copia.
Ma in quella vertigine
quel mortaio
non importava l’ultima parola:
(stelle slittavano sulla volta
tramortite, e l’alba
repertorio alle palpebre
luce alle pareti)
erano invece abiure.