5 poèmes

 

D’autres visions
me prendront par la main.

Si ce n’est pas
cette douceur primitive et neuve,
de l’amour,
aux premiers temps,

Celle qu’on allaite avec soin,
comme un nouveau-né,
quelles seraient-elles, ces visions ?

Si ce n’est cette candeur qui fait bailler
même les rêves les plus tristes,

Quelles seraient-elles ?

Si ce n’est dans ce matin calme
qui tiédit à l’ombre
de la bonne mère,

Qui se presse, refait son chignon,
dévisse la cafetière, part au travail
une grappe d’enfants sous le bras,

Où iront-elles ces visions ?

Si ce n’est dans ce même matin
embué des vapeurs de fête
qui flottent dans l’air,

Où des jeunes gens, à présent,
autres que la veille,

Traînent dans un petit jour,
brumeux et heureux,
la cigarette pendant des lèvres,

Aujourd’hui, plus aériens,

Ces visions, ne pourraient être ailleurs.

Et moi, moi qui ne suis
fécond de rien,

Je serai toujours trop vert,
et resterai arbuste, 

Je courrai après quelque chose.

Mais quoi ?

Ça pourrait être la course au soleil
l’ombre aux trousses.

 

***

 

Nous avons été rejetés au monde
sans destination précise.

Aujourd’hui, comme chaque matin,
mes yeux me piquent, mon coeur palpite.

Tu viens à peine de mourir
dans le petit jour.

D’où je viens, où je vais ?                   

Nos mains en s’emmêlant,
cherchent à démêler les siècles,
à traduire le cours des choses.

Nos parents morts,
enserrés dans nos bras,
ont triste mine. 

Pendant que nos étreintes,
nous réconfortent, un moment.

Je ne peux répondre
à aucune question,
à aucune demande.

La réponse à mon être,
tient uniquement
dans la courbe de tes bras.

Alors que, dans ce matin lumineux,
les hommes, précipités,
vont rejoindre leurs affaires humaines.

Quand dans la chambre aux stores
encore baissés, et alors que je n’ai plus la force
de faire rentrer l’ouvert,

Je reste là, ébahi devant mon corps muet
qui s’éveille pourtant cette fois,
d’une nuit plutôt tranquille,

Où j’ai tutoyé les anges
puis me suis retrouvé la peau étourdie
de tes baisers encore tièdes,

Qui me dessinent un cortège
pour rentrer, insouciant, dans l’éveil,

Me permettant
d’avancer encore pour un jour
dans cette vie que je n’ai jamais
su posséder,

Et cela bien avant ta venue.

 

                 ***

 

J’ai ce matin dans la tête
des festins inavoués,
des heures tranquilles passées,
sous le soleil du midi,
à flâner et à rêver tout bas
à la clarté des choses qui naissent
avec le plus de certitude,
dans l’imagination.

J’ai ce matin dans la tête des fêtes
qui ne trouvent jamais l’aube,
des offrandes à donner et à recevoir. 

Ce n’est pas que
le temps me manque.

J’ai l’intuition ferme,
que nous guidons notre temps,
que nous le tordons à notre avantage,
que nous ne nous calculons que,
par rapport à notre tâche.

J’ai ce matin dans la tête
un flux incessant à l’oreille
et le son des cloches matinales,
pour guider mon éveil.

 

***

 

L’écaille de la nuit
sur ta peau criblée d’étoiles,
n’a pas attendu ma venue.

Avant de devenir, aussi blancs que neige,
nous étions sombres,

Nos corps terreux sortaient d’une matrice
qui n’était pas le ventre de notre mère.

Avant de voir s’étirer l’ombre,
la lumière nous faisait escorte.

J’ai rêvé de l’ailleurs,
qui m’a laissé seul,

En proie à la réalité
d’une vie,
que je n’ai eu qu’en rêve. 

 

***

    

Les draps s’étalent sur nos corps-glaises
et déshabillent encore plus
en les masquant
les contrastes qui ont pris corps,
dans la lumière troublante du petit jour.

Un sentiment est étalé sur le lit,
avec ses ombres et ses lumières.

Comme ce membre, posé là 
et qui cartographie la rencontre.

Honteux, déjà,

D’avoir aimé avant l’amour.

D’avoir été l’amant avant l’aimé,

D’être encore et toujours, le philosophe.

Ici c’est l’exil.

Je t’enverrai une carte postale
de l’exil, de ce que j’appelle « l’exil ».

Ça pourrait être nous deux
qui sentons bouger
quelque chose.

Bouger sous nous
quelque chose.

Peut-être la terre,
que nous sentons bouger,

Peut-être
sous nous
la terre,

Prête,
à s’endormir
proche de nous,

Nous,
prêts de nous éveiller,

Têtes enfoncées
dans le même oreiller,

Imprimé en négatif,
d’un amour,
en noir et blanc.