Poèmes

 

1) Extrait de "Un violon sur la mer" Editions Chemins de Plume

 

Toujours le sens de l'épine et de l'épure. La croisée des mondes, sa lumière sur les vignes. L'étrange voix d'air par la bouche des feuilles. La traverse des nuits empruntée chaque soir. La neige gantée qui recoud les terres. Le ruisseau d'impatience en ses chaussures d'eau. La petite robe rouge dans la vigueur du jour. L'homme qui rentre par le chemin du soir. L'odeur chauffée des sueurs. Ces choses maintes fois dites, faites. La vie dans ce méli-mélo, qui va sans instructions. Est-ce là le battement sidéral du panier quotidien ? L'ange a un rire d'alouette quand il ne répond pas.

 

 

 

 

 

2) Extrait de "Le chemin encore" Editions Chemins de Plume

 

Je ne résiste pas à la joie d’aimer, sa marche, son chant dans les brousses des chemins. Je te disais hier que je suis loin des mots, finalement c’est faux, j’en suis si près qu’ils me font parfois défaut. Je les vis, j’accepte leurs sonorités changeantes, leurs volte-face. Peut-être ne comprends-tu pas ce que je jette en vrac sur ce papier. C’est sans importance. Cette après-midi, en bord de mer, j’ai vu des mots dans les cailloux. Ces mots n’existent pas. Seuls les cailloux existent. Ou peut-être seuls les cailloux savent que ces mots existent. Je les ai vus, entendus, enveloppés de sens dans la douce rondeur des galets vêtus d’eau et de sel. Qu’est-ce que je te disais ? Ah oui, aimer, c’est fou, ça répond à toutes mes questions.

 

 

 

 

 

3) Extrait de "Terres de vendanges" Editions Chemins de Plume

 

L'herbe rougit sous la bouche du givre. Le baiser est mortel. Il apprête à jaunir. Le gel reluit l'enclos et les grillages. Le ciel glisse très bas sa cisaille coupante. L'hiver mord la fleur au revers du jardin. Rassemblé en crachin, un grésil tombe.  Veines translucides. Cassante, racornie, la terre déjà froide est un ventre violet. En sa putréfaction s'exerce la semence. Dans l'austère matrice, rien ne sera perdu. La jachère fait sol comme le bois sa sève. Le ciel serre la sangle aux étés dépensiers. Les bras noircis des vignes signent le soir plus tôt. Un chiffon de broussailles efface l'églantine. Les pulpes, les odeurs, ont fini par se taire. L'ortie éteint ses feux. Le jour s'affaisse. C'est la décrue. Le vide dans le plein. Le silence patient. Puis ce sera le soc, son croc de taille lente. Et l'eau, dans le gosier des graines. Ce sera les remous. Et la première fleur refera l'amandier.

 

 

 

 

 

4) Extrait de "Une ortie blanche" Editions Le Libre Feuille

 

Elle a quitté la ville. Va à l'écriture comme d'autres au bois, au charbon, ou au rien. De cailloux en herbes, de noyaux en cerises, l'arbre est son crayon, la terre son cahier. Et les mots quand ils veulent. L'unique est sa marche. De jour, on la connaît à son silence, l'éloquence de ses yeux. De nuit, à sa pensée taillée de près. Ses sandales sont usées. Son rêve est dans sa poche. Elle le touche souvent. Boussole. Ses mains retiennent l'eau, on peut y boire. L'ourlet de sa robe ne se déchire plus, elle l'a coupé, on voit ses jambes nues. C'est une fille loin des foules. On dit qu'elle exagère, qu'elle veut la fusion, l'osmose, ces choses impossibles. On dit qu'elle en veut trop. On dit. Mais ceux qui disent n'ont jamais regardé le soleil en face. Elle si.

 

 

 

 

 

5) Extrait de "Un coquelicot dans le poulailler" Editions Collodion

 

Le froid bâille sa buée de lessive et de poêle. Joues translucides, traces mouillées, le givre maille les herbes. Tapis serré. Le gel pèse aux épaules des arbres. La fontaine perd sa voix, à son filet trinquent quelques oiseaux. Le ciel se couche les yeux rouges et le vent s'enhardit. La terre s'emmitoufle. Toute saison est un repas de fauve, chaque miette nourrit. Des forges mystérieuses travaillent inlassablement, le lampion de leurs traces éclaire notre dos. Rien ne vieillit jamais. L’hiver en est la preuve qui de ses doigts raidis, borde des lits de noces.