Rue Censier

 

Le paysage dort doucement couché
sous la ville. Tu vois ce coude de route
creuse, plus fraîche, un peu malade on dirait,
c’est la rivière qui la mine, la Bièvre
malsaine depuis qu’ont disparu les bièvres
et les lièvres (mais les lapins sont dans l’herbe
mutante des aéroports, les abeilles
sur les toits font paraît-il un miel exquis) :
les étudiants chaque année la rajeunissent,
leurs compagnes sont de l’asphalte naïades,
suivant le filet d’eaux souterraines nuits
qui lave patiemment la suie des chagrins.
La veine se perd sous le talus de l’autre
rue, elle la croise sans trouver sa Clef.
 

 

extrait de La forme d'une ville