Psaume de réconciliation finale avant de perdre l'âme

 

Il se fait tard sur ma vie il pleut des visages il neige des enfants
Il tempête des rages anciennes il coule des semences perdues
Il se bouscule des apocalypses il s’étend de la solitude
Il n’en finit pas de s’écrire des blessures
Sur le tableau immense du serpent que j’avale
Pour tenter de rajeunir avant de mourir

J’ai vécu une initiation sans fin la lente conception d’un monde
Fraternel jusqu’à l’épuisement du Souffle
Je suis resté enfermé dans la matrice du Jugement
J’ai salué l’épuisement de mes forces vitales
Ainsi que la lente délivrance d’une prière impossible
Et je suis revenu au bas de ton autel de sang et de pain
Compter un peu ce qu’il me reste à vivre
Ce qu’il me reste à porter à éclairer à élargir

J’ai déposé mes larmes mes alarmes mes armes
Mes paraboles et mes illusions
Mes amis et mes femmes
Mon espérance toujours perdue
Mes pauvres mots de barde fou d’amour et de désir
Lorsque j’ai vu la lumière dessous la porte
Lorsque j’ai compris que la porte était dans ma tête
Et la lumière avec
Jusqu’à la fin de mon temps

Il se fait tard sur mes poèmes
Sur ma profondeur déçue
Sur mes idéaux trahis
Sur mes légendes de mort et de résurrection
Sur mes reniements d’Éleusis

Que me restera-t-il dans mon unique sac de voyage
À l’heure du dernier sable de la dernière heure
Sur mon front de poète ?