Tranchée ouverte

 
Tranchée ouverte a été édité par Jean-Michel Ponty  en 1990 et  illustré par Ramon. Cet ouvrage saluait  la mémoire de mon grand-oncle Jean Maison, mort  héroïquement  lors de l’offensive de Champagne  du 25 septembre 1915.
Il cherchait également à saluer sept  jeunes hommes de ma famille tués au combat durant la guerre 1914- 1918.
Jean Maison – Août 2014
 
 

 

 

Jean Maison
Lithographies  de Ramon

 

A Jean Maison, sergent au troisième régiment de Zouaves, tué le vingt-cinq septembre mille neuf cent quinze près de Massiges lors de l’offensive française de Champagne.

 

 

 

 

 

Profils blancs

 

 

Le maître s’est couché
Livre clos
La souffrance convoite la mémoire
La nuit venue
L’enfant dérobera le pain dans la maie

 

 

 

 

 

 

A l’aube du bois sabot

 

 

Les graveurs de timbales
nous ont laissés en deuil.
Leur souffle rouge
mêlé au sang des porteurs d’eau
s’est dispersé sur la colline.
Mains agrippées aux entrailles
Pieds arrachés
Perchés sur les arbres morts.

 

 

 

 

 

 

Garance

 

Le jour s’apprête sur les baraques
La pluie par les boyaux défunts
ruisselle sur les barbes,
détrempe les capotes de laine rêches,
glace les os rendus visibles.

 

 

 

 

 

 

Torse nu

 

Les iris manquent.
Le site anxieux
déporté de son logis
erre dans les ombres.

 

Des blocs entiers d’éther
séparés de leurs socles
sont mis à mort
dans le claquement d’une porte.

 

 

 

 

 

 

Le front

 

 

 

La plaine saigne
de son flanc de craie.

 

Ses chevaux éventré
bornent les alentours.

 

La marge silencieuse
s’accorde un pont de roseaux pâles.

 

 

 

 

 

 

Le feu

 

A quelle résistance faudra-t-il nous convaincre
si jamais le soleil venait à disparaître
qu’au réveil du dernier
tu viennes à manquer ?

 

 

 

 

 

 

Transparence

 

Torrent noir
soulevé
emporté par la braise
sous la brûlure sonnante des galets.

 

L’un viendra
échappé du sillage
La friche de son front
cognera à ta porte

 

L’heure nue de sa main
tendue
en un delta fragile.

 

 

 

 

 

 

 

L’hôte

 

La révolte livra au sort des pierres à feu
les cœurs chargés de la joie des accolades.

 

Ceux qui n’avaient pas reçu
le choc d’amers naufrages
déchirèrent leurs mains garrottées
à l’écharde du poteau.

 

Traversés de fers dressés
leurs sangs unanimes
livrés aux ténèbres.

 

 

 

 

 

 

 

L’as-tu vue

 

Il n’y a pas de fleurs
dans l’heure qui vient
mais l’étole sanglante de la faux.

Sur le sol lourd des marnes
des brassiers sont tombés
les mains sur le visage
tâché de sang.

 

 

 

 

 

 

Grives

 

Les champs glanés ailleurs se sont couverts de broussailles
contrepartie du jour où le joug fut posé
la houe et le gibier furent liés davantage.

 

 

 

 

 

 

La terra niveja

 

Tu vivais parmi les accrocs de lumière
où se jetaient les torrents de la montagne.
tous les enfants portaient aux veines de leurs sabots
l’aile frêle de la gaieté.

 

Des maisons sans fenêtre, aux versants boisés des collines,
l’écho de ta voix dévalait les courses de la lande,
soulevait les herbes, les moulins, les bories entourées de genêts.

 

La terre verse ses blés,
l’eau court par les rigoles tranchées au pique-pré
dans le coudert, l’ébauche d’un copeau
les murets élevés et les passages au vent
où secrètement tu disais des éloges.

 

 

 

 

 

 

Musique

 

Deux gouttes de sang
tombées sur l’ongle rose
identiques
portées
par le chant mort
sous la glycine.

 

 

 

 

Exemple de lithographie de RAMON reproduite depuis l'ouvrage