Poèmes

Tu te moques de l'avenir
tu te moques de ton passé
tu n’es que ce présent qui
souffle sur ton visage
haleine revigorante d'un
printemps qui s'annonce déjà.
Tu n’es que cette non souffrance
couchée sous le vent
que ce regard bleu et blanc
tourné vers les montagnes
que cet oiseau furtif et doré
que ce soleil ce sourire dans le ciel.

 

 

 

***

 

 

 

Il est temps de refermer
le sac aux délices
de boucler sa guiche
au bel écu doré
il est temps il est temps !

Baisse les paupières
affine ton sourire
détourne ton profil
et feins cette innocence
des filles qui jamais n’ont
dit oui !

Il est temps de refermer
les pages de l’histoire
d’oublier les grands émois
les profonds soupirs
il est temps il est temps !

 

 

 

***

                                                                             

 

 

La nuit tombe dit-on
comme tombe le rideau
après le vif poignard
et chacun s’enferme en soi
jusqu’aux argentures
de l’aube aux pieds froids.

La nuit porte conseil
dit-on encor chez les gens
de cœur assoupi devant
leur feu domestiqué
et chacun se laisse bercer
de la chanson illusoire.

Non la nuit se penche
comme une grande femme
aux seins affaissés
sur nos fronts d’enfants
vieillis avec leurs jouets
et nous intime le silence.

Dormez nous dit-elle
et rêvez si vous pouvez
de foires libertines
pour vous consoler
de n’être ni des sages
ni des héros

 

 

 

***

 

 

 

Mes pas dans la boue des autres
qui piétinent et pataugent
dans la boue des autres qui
s'embourbent sur l'Avenue
des autres qui vont lointains
dans la boue de notre histoire,
mes pas solitaires presque
sur ce sentier imprévu
solitaires loin déjà
du piétinement d'autrui
mes pas sur ce sentier de
misère esseulée et veule
ma solitude clochant
sur la boue de l'univers
ma boue dressée au mitan
de l'hiver spectral et fou
mes pas de boue et d'amour
vers l'aube définitive
mes pas mes pas misérables
loin de l'Avenue de ceux
que j'ai trahis autrefois
mes pas dans l'hiver la nuit
mes pas sur notre néant.

 

 

 

***

 

 

         

                                                                                 

L’aube jette un regard sale
sur les reflets de la chambre
on ne sera pas Stéphane.
Sur la commode ou le lit
nul ptyx ne roule ses plis.
Quant au puisage des pleurs
nul besoin d’aller au Styx
on a ce qu’il faut merci.
On n’écrit pas de sonnet
en i ni en yx ni or
ne joue dans aucun septuor.

On met des mots devant soi
comme on met pas après pas
pour aller au rendez-vous
dont on ne reviendra pas.