5 POEMES / 5 POEMS

 

Dans un Vieux Magazine

Dans un vieux magazine acheté avec d’autres
Sur une foire aux livres dominée par des chasseurs de première édition
Se ruant avec des cris et des hourras sur les tables chargées,

Par hasard s’ouvre un poème,  traduit, et pourtant
Beau, triste, et qui vous file encore un direct comme un engin chargé
D’un machin toujours à moitié là et qui tictaque.

C’est un poème déplorant la perte de l’ancienne Lithuanie
Et bien sûr la perte ou l’abandon distrait quelque part de
L’enfance. C’est de Czeslaw Milosz dont les deux z

Le précèdent comme le double étendard de pélerins ou de légionnaires,
L’un à l’avant, l’autre soutenant l’arrière
Tandis que, flottant, ils descendent une enfilade de montagnes. Ca rappelle

Les tourments de cette Europe comme une femme en foulard,
La tristesse d’anciens clichés d’églises en bois,
De loggias, carrioles, traineaux et métiers à tisser, d’hommes et de femmes

En costume traditionnel, quenouille ou accordéon à la main,
Représentés dans un silence sépia aussi palpable
Que le silence des probabilités face à une avalanche.

Le poète est rentré après cinquante ans. Tout a changé.
« Je me souvenais de l’endroit où tourner mais je ne reconnaissais pas la rivière. »
Les greniers et vergers et allées de tilleuls ont disparu

Et avec eux le coffre de mariée, le miroir sculpté
Et le bosquet de vieux pins. Mais il se souvient
Du parfum du romarin, de l’averse d’une gerbe de lilas

Et il se rappelle aussi un petit lac, aux rives désormais
Privée de ses joncs «  à travers lesquels nous avancions en luttant, nageant

Pour nous essuyer ensuite, moi et Mademoiselle X, avec une seule serviette, en dansant. »

C’est cette Mademoiselle X dont je vois la marche répétée ad libitum
Depuis les lointains bouleaux et s’arrêtant pour la serviette
Tandis que le long de l’avant-bras et du sternum blancs se rassemblent des gouttelettes.

C’est Mademoiselle X que je voudrais revoir –
Davantage même que  revisiter les aulnes  abattus depuis longtemps
Ou les anciens greniers et leurs pommes d’automne,

Ou les villages devenus des champs vides,
Elle avec une cheville maculée de boue, avec un petit bleu
Sur un tibia, avec la légère cicatrice

D’un vaccin de variole sur un bras,
Elle qui tenant une serviette d’une main
Pointe de la main libre vers le passé.

Et tout comme Milosz est dérouté par cette Lithuanie perdue

Ne peut-on aussi regretter la perte
D’une Australie perdue sans avoir été jamais trouvée
Une Australie où il se peut que j’aie nagé –
A Tidal Palms ou Thousand Mile Beach – avec quelqu’un
Ressemblant à Mademoiselle X sans jamais le savoir,

Une Australie jamais trouvée puis de nouveau perdue – le tout en cinquante ans,
L’ardoise de tout ce qui était enthousiaste,
suggestif ou vital,
Effacée ou salie par le nouveau Conservatisme ?

Car c’est tout l’ensemble évanoui de cet agglomérat
-
Reliques de poutres byzantines sculptées,  traces dans des allées
D’un millénaire d’encens, de vergers retournés aux chardons –

Que, malgré leur perte ou leur déclin ou la traduction
Milosz trouve encore persistant comme l’ozone de la mémoire.
Ceci manque totalement ici, et à leur place

Sévissent subversion et redéploiement
pervers du passé.
Le constant rabattement au sol des vrilles Bourgeonnantes et des racines, le rejet du jeune eucalyptus

Elagué comme s’il était un grands pavot. En conséquence
En l’absence totale de telles traces, dans une tradition de mâchefer,
De denses mallee, de vide et bleu incandescent,

Je  n’ai pas le sentiment de revenir à des ruines, des façades peintes,
Des restes énigmatiques, excavations, broderies qui s’effacent,
Mais suis plutôt flottant  dans une abstraction d’air,
A l’écart de telles histoires, comme si tout au long de la côte
Les vagues résonnaient seulement en mineur
Aussi mélodieuses que le retour de Schubert à ce mode,

Et que je cherchais, dans cette vaste plage tabula rasa
Quelque chose qui pût légitimer une cadence semblable à celle de la fin de Milosz :
« Soudain je me sentis disparaître et pleurer de joie. »

 

In An Old Magazine

 

In an old magazine bought with others
At a bookfair dominated by first edition hunters
Descending with whoops and hollas on the heaped-up tables,

By chance a poem opens which, despite being translated,
Is beautiful, sad, and still packs a punch like a canister
Of some heavy element ticking and still half present.

It is a poem regretting the loss of old Lithuania
And of course the loss or absent-minded misplacement somewhere
Of childhood.  It is by Czeslaw Milosz whose two z’s

Go before him like pilgrims’ or legionnaires’ pair of flags,
One in the forefront, one bringing up the rear
As, fluttering, they descend a mountain enfilade.  It recalls

The sorrows of that Europe like a woman in headscarf,
The sadness of early photographs of wooden churches,
Loggia, cart, sleigh and loom, of men and women

In traditional costume holding distaff or accordion,
Pictured in a sepia silence as palpable
As the silence of probability before an avalanche.

The poet has returned after fifty years.  All is changed.
“I remembered where to turn but did not recognise the river.”
The granary and orchards and linden alley have gone

And with them the dowry chest, the carved looking-glass
And the grove of ancient pines.  But he remembers
The scent of rosemary, the shower from a spray of lilac

And he remembers too a small lake, its shores now
Without its rushes “through which we struggled forward, swimming
To dry ourselves afterwards, I and Miss X, with one towel, dancing.”

It is this Miss X whom I see repeatedly stepping ad libitum
From the birch shallows and pausing for the towel
While along a white forearm and sternum droplets gather;

It is Miss X whom I would like to see again –
Even more than to revisit the alders long ago felled
Or the former granary cellars with their winter apples,

Or the villages which have become empty fields,
She with a mud-streaked ankle, with a small bruise
On one shin, with the slight disfigurement

Of a smallpox inoculation on one arm,
She who while holding the towel with one hand
Points with her free hand towards the past.

And just as Milosz is bemused at this lost Lithuania
Might we not equally regret the loss
Of an Australia lost without ever having been properly found

An Australia in which I may have swum –
At Tidal Palms or Thousand Mile Beach – with someone
Resembling Miss X without ever knowing it,

An Australia never found then lost again – all in fifty years,
The slate erased or muddied of all that was zestful,
Redolent or vital, by the new Conservatism?

For it is that whole faint apparatus of accretion –
Relics of Byzantine carved timbers, the traces in lanes
Of a millennium of incense, orchards reverting to thistle –

Which, even in their loss or decline or translation,
Milosz finds still lingering as memory’s ozone.
This is entirely lacking here, and in its place

Is a subversion and perverse redeployment of the past,
The constant cutting back to the ground of burgeoning
Tendrils and roots, the young eucalyptus regrowth

Lopped as if it were tall poppies.  Accordingly
In the absence of all such traces, the tradition being clinker,
Dense mallee, emptiness and searing blue,

I feel not as one returning to ruins, painted façades,
Enigmatic remains, excavations, fading embroideries,
But rather am suspended in an abstraction of air

Removed from such histories, as if all along the coast
The waves resounded in the minor key only
As sweetly as Schubert’s returning to that mode,

And I were looking in this vast beach tabula rasa
For something to legitimise a cadence like Milosz’s conclusion:

“Suddenly I felt I was disappearing and weeping with joy.”

 

***

Les Coquelicots exposent leur situation

 

Cette fois-ci, disent-ils, essaie de trouver la bonne solution;
il y a juste assez de place pour les métaphores,
et si nous comparer à un tas d’autres choses
étrangères pourrait te faire sourire,
nous nous sentons facilement submergés.

N’y-a-t-il pas une solution intermédiaire ? N’es-tu pas capable
de nous regarder plus de quelques secondes
sans avoir à te détourner pour chercher des similitudes ?
On n’aime pas se sentir passer au deuxième rang,
Avoir toujours à seconder quelque obscure notion.

Ca signifie beaucoup pour nous – si tu veux vraiment
savoir la vérité – d être simplement regardés
et pas objets ou sujet d’un travail.
Et voilà  – même en cet instant tu t’intéresses 
à l’autre côté de la pièce, toi qui es

si facilement distrait, toi qui as tant
de fer au feu. Comment alors
avancer vers quelque point d’accord
convenu, une table esplanade avec du vin,
avec la mer toute calme de l’autre côté du mur ?

Bon,  tu es de retour, mais pour combien de temps ?
Nous n’avons presque pas bougé  et seulement d’un léger
déploiement comme pour te saluer plus parfaitement.
Et pourtant tu t’éloignes comme si la lumière

n’avait pas toujours l’intention de s’engager avec nous,

Si tu ne fais pas plus que rester
quelquefois près de nous et regarder la mer,
comment alors peux-tu prétendre nous entendre
par-dessus les vagues ? Peux-tu être vraiment
sérieux ? Sommes-nous ton sujet ou toi, le nôtre ?

Toute la nuit nous avons parlé de toi
pendant que tu dormais, ou rêvais, battant,
pourrait-il sembler, des champs de coquelicots…
Nous étions inébranlables, immobiles sans
rechercher la distraction d’autres champs.

Voyons ce que tu as écrit jusqu’à présent :
« Barque retournée dans un couchant éclaboussé de lait,
écorces  d’amandes pelées qui tombent, saisies
par  une main tendue, soyeuse peau d’orange… »
Allons ! Laisse-nous rapporter ici ces graves défaillances –

                      « Copeaux de glace, ailes, froissements
                               discutables, précuseurs
à demi-tombés, conscience sur tige, vitres glacées,
Lueur du feu, rougeoiement sans chaleur du chauffage au gaz…

Un tel éparpillement! Tant de domaines revendiqués !
Tant de flèches tirées au hasard dans l’air préoccupé !

Mais peut-être ! Peut-être nous pourrions quand même parvenir
à un accord ? Même à cette heure
tardive vu  le temps limité qui nous reste
ne pourrions-nous enfin espérer nous rencontrer
                                                 à égalité et sans artifice ?

 

The Poppies State Their Own Position

 

This time, they say, try and get it right;
there’s only just so much space for simile,
and likening us to a whole lot of other
alien things might make you all smile,
but it’s easy for us to feel submerged.

Isn’t there some middle course?  Aren’t you capable
of looking at us for more than a few seconds
without having to look away for likenesses?
We don’t like the experience of coming up for seconds,
of always having to second some obscure notion.

It means a lot to us – if you really want
to know the truth – to be simply looked at
and not worked over or worked at.
There you are – even now you’re at
the other side of the room, you who are

so easily distracted, you who have
so many irons in the fire.  How then
can we proceed towards some agreed-upon
meeting point, an esplanade table with wine,
with the sea very calm beyond the wall?

 

So you’ve come back, but for how long?
We have scarcely moved and only in a slight
unfolding as if to greet you more fully.
And yet you walk away as if light
weren’t always intent on engaging with us,

If you do no more than sometimes
stand near us and look out to sea,
how then can you expect to hear us
over those waves.  Can you really be
serious?  Are we your subjects or you ours?

Overnight we have been speaking about you
while you were sleeping or dreaming, threshing,
it would seem to us, in poppy fields …
We were steadfast, not moving and not
seeking the distraction of other fields.

Let us examine what you have written so far:
“White upturned coracle in a sunset splashed with milk,
sloughed-off almond cases falling, caught
in an outstretched hand, orange peel of silk – ”
So!  Let us acknowledge here these serious lapses –

“Shavings of ice, wings, controversial crumpling, half
fallen forerunners, consciousness on stems, frosted panes,
firelight, coalgas glow at room temperature – ”
Such dissipation!  Such ambit claims!
Such arrows fired randomly into preoccupied air!

But perhaps!  Perhaps we could still come
to some agreement?  Even at this late
hour in the limited time we have remaining
might we not at least hope to meet
on equal terms and without artifice?

 

 

***

 

Pour Faire Simple

 

Comme l’e-mail correspond à la lettre du 19ème siècle
Ainsi le poème écrit en transit
Ou dans un bar ou sur le dos des enveloppes
Correspond à l’astucieuse construction
Caractérisant la période 1340-1900.
Le poème de passage ou libellule
Est une sorte de nivelage par le bas ou de réaménagement
Ou d’émoustillage ou d’excitation
Du poème-déjeuner ambulatoire au rythme de valse-minute
Tapé à la machine par Franck O’Hara.
Et voici un sujet intéressant qui mériterait d’être saisi :
Dans ce café précis, une jeune fille
Demande un « café au lait, mais pas trop au lait »
Et  les deux femmes à la machine à café
Ont l’air surpris et demandent « C‘est à dire ? »
C’est un peu comme le mari de Women’s Weekly
Auquel on demande « A quoi, l’omelette ? »
Et qui répond gentiment « Oh, n’importe quoi, sauf les œufs. »
L’atténuation est notre sujet et nous cherchons
Le poème sans limites qui le clouent à terre,
Comme une tente sans cordes ni piquets,
Ce qui cadrerait  avec tes e-mails
Dont je parviens à rappeler certains
De la Voie Lactée du cyberespace de la mémoire.
Par exemple « bucket of poo » (qui s’avère
Etre une sorte de verlan) ou « Ug » (signification précise désormais inaccessible) ou « Jolly good »
(sympathique mais pratiquement dépourvu d’application) –
Un poème planant à la lisière de la poésie,
Comme une araignée d’eau  sur quelque chose
Ayant quelque sorte de ressemblance avec un fleuve
Qui évite la métrique et tous les engins rhétoriques,
Le symbolisme inclus, qui implique un passé,
Tel qu’il devienne presque transparent

,L’atténuation est notre sujet – comme elle l’a été
Depuis, disons, le tortueux  Auden
Si bien que désormais vingt millions d’entre nous,
Tous poètes qui lisons seulement nos propres mots,
Rivalisons en jetant dans les vagues
Des (guirlandes  virtuellement si légères
Si virtuelles, si presqu’imperceptibles
Qu’elles ne dérangent absolument rien.

 

Making It Thin

 

As the e-mail is to the 19th Century letter
So the poem written in transit
Or in coffee bars or on the back of envelopes
Is to the artful construction
Characterising the period 1340-1900.
The transitory or dragonfly poem
Is a kind of dumbing down or making over
Or teasing out or sexing up
Of the Frank O’Hara wandering
Lunch-hour minute-waltz typewriter poem.
And here’s a worthy subject aptly to hand:
In this actual coffee bar a girlAsks for “a latté but not too milky”
At which both women at the coffee machine
Look puzzled and ask “What do you mean?”
It’s rather like the Women’s Weekly husband
Who, asked “What flavour omelette?”
Answers agreeably, “Oh, anything except egg.”
Attenuation is our theme and we seek
The poem untrammelled by being grounded,
Like a tent without ropes or pegs,
Which would accord with your e-mails
Several of which I manage to recall
From the Milky Way of cyberspace memory.
For example, “bucket of poo” (which turns out
To be rhyming slang) or “Ug” (exact meaning
No longer retrievable) or “Jolly good”

(Genial but almost without application) –
A poem hovering at the fringe of poetry,
Like a long-legged fly upon something
Standing in some sort of relation to a stream,
Which eschews metre and all the devices of rhetoric
Incl. symbolism which implies a past,
So as to become almost transparent.
Attenuation is our theme – as it has been
Since, let us say, meandering Auden
So that now twenty million of us,
All poets who read only our own words,
Vie in throwing onto the waves
Lei so virtually weightless
So virtual, so almost imperceptible
As to disturb nothing whatsoever.

 

 

***

 

Les Merles

 

A la différence des perroquets qui crient beaucoup
Et qui, lorsqu’ils sont musicaux, semblent s’allumer et se mettre à l’écoute de
Chorales de  sempiternels vieux succès populaires,

Les merles sans aucun doute
Apprécient les longues conversations avec des pauses
Pour la réflexion, le réexamen, les modifications,

Qualifications, déplacements, répétitions, exagérations hésitantes,
Occurrences de « Je suis d’accord avec le premier intervenant » ou « Vous croyez ?’ ou

« Bien sûr mais ne pourriez-vous juste savoir ? »
Ou « Non ! Pas elle ? » ou “Mais on admet généralement”
Ou, « Je vais vous dire quelque chose, cependant »,

Tous émis avec des trilles et des arias prolongés
Et des opinions mûrement réfléchies et concédées
Avec de gracieuses notes, mélismes et glissandi

Suggérant un discours littéraire raffiné
Et un ton soutenu comme celui qui orne les dernières pages
De Swim-Two-Birds de Flann O’Brien

Ou peut-être même – quand le crépuscule répand du talc
Entre les arbres lourds de cigales et le soleil –
Et  que la discussion, de plus en plus lyrique,

Révèle sans ambiguïté l’ardeur des intérêts partagés
Entre les parties – pourrions-nous postuler
Quelque chose ressemblant à une vraie discussion dialectique.

 

Blackbirds

 

Unlike the parrots who shout a lot
And when musical seem to turn on and tune in
To singsongs of the same old evergreens,

The blackbirds are without a doubt
Enjoying lengthy conversations with pauses
For thought, reconsideration, modifications,

Qualifications, shifts, repetitions, hesitant exaggerations,
Instances of “I agree with the first
Speaker” or “Are you sure?” or

“Of course but wouldn’t you just know?”
Or “No!  Did she?”  or “But it is generally acknowledged”
Or “I’ll tell you one thing, though”,

All uttered with trills and extended arias
And exquisitely considered opinions conceded
With grace notes and melismas and glissandi

Suggesting discourse of a literary refinement
And lofty tone such as graces the last pages
Of At Swim-Two-Birds of Flann O’Brien

Or perhaps even – when dusk scatters talc
       Between the cicada-loud trees and the sun –
And discussion, becoming increasingly lyrical,

Reveals unmistakably ardent interest shared
Between all parties – might we not posit
Something approaching a truly dialectical discussion
 

 

***

Déclin des Coquelicots

 

Soulevant l’entier problème de la description et de ses limites
dans leurs dernières heures ils défaillent

comme des  pylones de chemin de fer à plusieurs postes
d’aiguillage où le signal s’inclinerait,

ou comme des coureurs de marathon franchissant la ligne d’un trait
puis qui fléchissent les mains sur les genoux,

ou des figures de sémaphore aux nombreux drapeaux
Croisés en séquences au niveau des genoux…

Si c’étaient les restes d’un récit à trouver
quelque chose de ce type pourrait s’y lire vaguement :

A leur dernier matin avant le crépuscule
Les pylones d’aiguillage sont manifestement flous

Et l’aiguilleur s’en est allé avec une tasse brûlante
Dans un autre abri en tôle, et dans un autre encore

Une classe de danse rythmique attend
Tandis que l’ instructeur répond au téléphone :

D’autres contingences se déploient encore, les pavots
Arborent tant de visages courageux

Et pendant que tels des drapeaux ils flottent tant bien que mal, le soleil
A le calme de la lionne repue.

 

 

Falling Poppies

 

Raising the whole question of description and its limits,
in their last hours they are faltering

like railway shunting yards in which
at several signal boxes signals slope down,

or like runners of a marathon who burst over the line
and who then bend forward with hands on knees,

or semaphoring figures with many flags
in sequence crossed at knee level…

If these were remnants of a narrative to be found
something of this kind might be faintly present:

On their last morning before noon’s dusk
the railway yards are palpably misty

and the signalman has gone with a steaming cup
into another galvanised shed, and in yet another

a Eurythmics class is waiting nearby
while their instructor takes a phone call;

other contingencies are unfolding still, the poppies
are putting on many brave faces

while as flags stir uneasily, the sunlight
has the calm of the lioness after satiation.

Late Afternoon, Lighthouse Beach

The elements normally kept in undistinguished collusion
Like carbon atoms loosely packed as graphite and not diamond,

The earth, sun and water are as often as not sandwiched
With dross, limiting their power to shine (the sun

Just behind a construction tower, water draining
Half-heartedly from a stadium, the earth dull

With gravel and weed, or all three combined
In a canal cutting across a field in winter haze.)

These same, much put-upon elements may on occasion
(And that occasion is now) be deconstructed

And shaken each from each like foil magically
To be rearranged so as to maximise in fusion

Their allure which so pointedly depends
On their dependence on one another.  Thus,

The sun is low enough behind the bitou
To slide a shadow like a wafer over broken waves

While those still rising to break (and wave to shore)
Are still crowned by sunlight.  The sandshallows

Are ready at once to reflect expansively
On these waves’ erratic campanology.

Might there not be a way to express that radiance
More simply?  (Clearly you yearn for the elementary past.)

But consider Brahms who “begins with material
Which would once have been thought unacceptably simple

And subjects it to elaboration which equally
Would have been found unacceptably complex.”

 

Traduction : Marilyne Bertoncini – mars 2012