Poèmes

Mais tout exilé est comme Ulysse, désireux
De retrouver sa terre natale après avoir bourlingué
Sur les mers privées des phares et des balises.

Pour Franco Corrado, camionneur sentimental,
Le tango fiore, le tango implore, le tango explose
L’or pillé des orpailleurs ; le tango impitoyable
Dit l’eldorado, pour ma gitane des lianes, des gentianes.
        « L’exil est
Né d’une racine aérienne agrippée au vent,
D’une larme de pluie du Sahara vertical.
Tu l’as transformé en solitude pour me tenir compagnie ».

 

 

 

***

 

 

 

Ce tango me rend inséparable de tes pas,
Il m’offre la ville allongée par les grecs
Avides d’oublier Sparte sans l’atrocité des errances.

Naples, à la besace des vents et d’écumes,
Gitan présentant son enfant pour recueillir l’obole
Du touriste fatigué par la romance des croquignoles.

 

 

 

***

 

 

 

Je t’offre Naples, cet instant où la mer respire
Comme le vieux marin, quand la lune se libère
Des respirations du vent et de froides lumières.

Le tango pleure, le tango meurt, le tango neutralise
Les cieux des patries meurtries en vocalises,
Le tango renvoie vos actes de naissance
Aux éphémérides impropres d’autres méditerranées.

Le tango allume un cigare pour tenir compagnie
A l’éternelle révolution de Fidel Castro.

 

 

 

***

 

 

 

Dans le salon où les passagers boivent l’expresso,
Le pianiste chante l’amour, tyran de tout temps,
Et je sens mes mains embaumées de sa tristesse.

Le bateau crachote sa vapeur tuberculeuse
Sur un ciel suffoqué d’hivers sans Terre de feu.

Dans le salon, les passagers pensent au tango,
D’autres parlent pour oublier la terre.
Une mère retrouve ses sens sur la mer agitée,
Et sa pensée s’ancre à son fils immigré à Punta del Sol.
Son  passeport est bigarré de visas aussi divers
Que les langues andines devenues patois espagnols.

Pour elle, le tango sans bémol accorde le droit du sol
A tous les indiens, à tous les maliens, à tous les créoles
Partis au seuil des nouveaux mondes, sans protocole.

 

 

***

 

 

 

Le tango t’offre la terre, de mère en fille,
De la maati à la pacha mama, du filtre à la fiole.

Une rumeur prise au sérieux par un colporteur
S’enfle en guerres civiles et faux génocides.

Le tango aux barbelés : les bourreaux accompagnent
La mort sans ombre au cimetière de l’exilé hybride.
Tango, tango pour Napoli ! La Terre est apatride !