6 poèmes

Absence

 

 

 

 

 

Silence !
J’écris l’absence,
De ce point qui ne mettra jamais une fin,
Et le retour de quelqu’un, qui est loin,
Et la paix,
Et la lumière !
Sur la terre, sur mon ombre, sur l’océan noir,
Sur la terre, sur mes mains, sur l’arbre noir,
Sur la terre, sur mes doigts, sur la chaise noire,
L’absence,
De ce monsieur qui écrit le sens et part,
De ce monsieur qui rentre tard le soir,
Et dort tout simplement,
J’écris l’absence de ces rêves, malheureusement.
Silence !
Absence, absence,
De ce monsieur qui a des ailes, qui vole,
Et son sourire,
Et son regard qui peut tout dire,
Et son présent, et son futur,
J’écris le vide, j’écris sur ce mur dur,
J’écris le vide, j’écris sur …
Silence,
Un absent meurt,
D’autres résistent,
Certains existent,
Quelques-uns écrivent leur propre liste,
Et partent.
Silence ! J’écris L’absence,
D’un voisin fleuriste,
D’un autre plus près, un pianiste,
Et la vieille dame d’en face, qui chantait l’opéra … c’était triste,
C’était beau, c’était …
Admirable à écouter,
Admirable à voir, on ne pouvait rien ajouter.
Et puis J’écris, 
Absence, absence,
D’une voix,
D’un salut,
D’un livre qui aurait dû être lu.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Monsieur Noir

 

 

 

 

 

Monsieur noir,
Ouvre la porte, monte l’escalier, passe dans un couloir,
C’est un homme,
C’est un loup,
Les contours de son visage se découpent de l’ombre,
Et enfin il entre dans la chambre,
D’un absent,
Innocent !
Un sens assis et qui colore son sang,
Un sens conscient de sa maladie,
Conscient de ce qu’il écrit,
Un message pour lui-même,
Un message pour ses poèmes,
Un message pour sa mort et l’homme qui enterre,
Un autre petit message pour les vers de terre,
Et au questionneur sans prénom ni odeur.
Au questionneur habillé en blanc et qui porte une fleur,
Sans couleur,
Sans parfum,
Sans le mot de la fin,
Sans sens.
Sans un rythme,
Sans …
Juste absence, absence.
Le visiteur noir,
Grogne,
Respire,
Il lance un petit sourire,
Et quand l’horloge indique neuf  heures et demie,
Quand l’horloge indique que le cœur de la lune a arrêté de battre,
Que c’est bientôt fini,
Quand l’horloge indique que le soldat sans numéro a arrêté de se battre,
Que c’est fini,
Noir crie
Magnifiquement crie
Et fait partie entièrement de lui,
De moi,
C’est un homme,
C’est un loup,
Une raison, une passion, une foi,
Je l’entends parler,
Je m’entends parler et répondre,
A mes questions.
Monsieur noir,
Me dit que mon refuge est mon cri.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

La chaise d’en face

 

 

 

 

 

La chaise d’en face,
Isolée,observatrice,
D’un vide qui danse au rythme de son fils,
Une chorégraphie qui fait couler les larmes du plafond,
De grosses gouttes visqueuses s’écrasent au sol et se noient tout au fond,
Tout au fond d’une mémoire douteuse face à son reflet putréfié,
Tout au fond d’un regard oublié
La porte s’ouvre pour laisser entrer le vent,
Faisant virevolter les longs cheveux d’un vieillard assis au milieu et qui attend,
Faisant s’ouvrir l’unique fenêtre violemment,
Et redonnant vie aux notes blanches et noires du piano,
Tandis que les lettres se lisent, se déchirent et se brûlent,
Et qu’au coin, près de la chaise, la trompette hurle.
A la moitié de la lune,
A la mort,
Au sort qui semble pleurer la flore.
La chaise d’en face,
Seule,spectatrice,
Des robes qui jaillissent du néant et déferlent à l’intérieur d’un cœur,
Qui bat lentement au rythme d’une éternelle prière qui ne s’entend pas,
Qui bat lourdement au rythme des anciens pas,
Des yeux qui se divaguent, cherchent et se perdent ailleurs,
Et des mains ouvertes, paumes face au ciel qui tiennent des fleurs,
Toutes ténébreuses,
Toutes pâles, silencieuses,
Attendant les petites gouttes de pluie,
Attendant une lettre, un message, un cri.
La chaise d’en face,
Observatrice,
D’un chef d’orchestre qui dirige avec une main l’Apocalypse,
Et au milieu de la terre, la mère attend son fils,
Le soldat,
Mort ou blessé mais victorieux au milieu d’un combat.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Un silence poétique

 

 

 

 

 

Un silence d’un vent, 
Un long silence du temps, 
Un rouge pourpre colore l’air,
Rien n’est clair,
Noir ! Dis-je.
La voisine d’à côté vient de mourir, 
Je l’ai vue hier planter des roses avec un sourire, 
Voilà qu’elle vient de partir.
La pluie tombe et les gouttes font un bruit étrange, 
Est-ce la tristesse ou la colère ?
D’un ciel spectateur ou la terre, 
Cette terre qui ne peut plus, 
Qu’on ne la mérite plus.
Un silence blanc,
Qui contemple les fleurs orphelines,
Un silence d’espoir qui essaie d’illuminer leurs racines,
Un rythme long,
Une forte respiration qui s’entend,
Je m’assois et je dis que je serai le suivant, il faut que j’attende,
Je partirai bientôt de ce monde.
Vois-tu, je sais qu’il m’attend, je sais qu’il m’entend
Un silence beau, 
Face à ce corbeau, 
Un corbeau rongé par la tristesse et qui pleure, 
Le soleil perd sa lueur, 
Et meurt, afin de laisser place à la lune, 
Meurt poétiquement au bout de la dune.
Espoir regarde le ciel, pour faire pitié peut-être,
Il regarde ce ciel en deuil qui a besoin de sa prière, peut-être,
Espoir pensif ne ferme pas ses yeux,
Même si ces chefs-d ‘œuvre tombent en feu,
Même s'il a perdu son combat,
Même si les cœurs fabriqués en papier ne battent pas,
Même si les regards sont vides,
Même si la patience affaiblit et commence à avoir des rides,
Un espoir silencieux, assis,
Face aux débris,
Face à la vie,
Une vie,
Pathétique,
Tragique,
Poétique.
Un silence, 
En face de moi, le corbeau danse autour d’un trou immense.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Point à la ligne

 

 

 

 

 

Point à la ligne,
À l’entrée,
Une femme parle des messages et des signes,
Elle parle de sa maladie presque délicieuse,
Qui a créé la poésie,
De son départ qui a fait souffrir ses amants,
Qui les a rendus silencieux, assis  et sans battement.
À l’entrée,
En face d’un ancien moulin,
Des rêves et des soupirs,
Des larmes qui coulent en dedans, sans prendre le risque de sortir,
Des réponses, et des remises en question,
Des souvenirs qui se rattachent aux vivants,
Qu’ils étaient autrefois.
En face, des esprits aveugles habitués par la même musique grinçante,
Errent dans une terre abondante.
À la ligne,
La foi seule, terrorisée et triste, crie famine,
Crie au secours,
A la vue de la haine nue et qui bat à mort, l’amour.
Point.
À l’entrée,
Près de la rivière,
Les femmes à côté de leurs ombres défigurées, chantent,
‘’ Ô temps, dis à mon père qu’il attend,
Ô ciel, dis à ma mère que je suis belle et rebelle. ‘’
Point à la ligne,
Le drame,
La vie,
La sagesse, la toute vieille dame,
Que n’en finit pas de vibrer,
Que l’homme n’a jamais écouté ce qu’elle dit,
Que l’homme n’a jamais vu ce qu’elle lit,
Que l’homme n’a jamais pensé où elle part,
L’homme n’a jamais pensé que le désastre sera un jour un art,
A la ligne,
Qu’est ce qui nous reste ?
A l’entrée,
Le soleil se lève à l'ouest.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Au fond

 

 

 

 

 

Au fond,
Elle dit,
Hélas,
Plusieurs fois de suite,
Hélas, hélas …
Une guillotine en face,
Là-haut, les yeux se ferment,
Les pleurs du temps s’arrêtent,
Les dernières paroles et la pluie tomba abondamment, lourdement sur la terre,
Une tète coupée, une belle histoire s’efface, derrière.
Si seulement...
Soupir en contemplant un visage,
Vouloir comprendre cette chose au milieu, au fond de ces pages.
Si seulement …
Ce Corbeau pouvait parler de cette naïveté qui ne cesse de déchirer les nuages,
De ce chant d’espoir montrant sa vieillesse, sa faiblesse,
Hurlant, s’étouffant dans son oreiller et laissant doucement le poison pénétrer.
Si seulement …
Ce Corbeau et son ami Oiseau pouvaient rechanter ensemble,
Et dire à ce vieillard au regard amer,
Qu’à droite le chemin mène à la lumière et l’autre jette brusquement en arrière.
Si seulement …
Un esclave pouvait choisir.
Entre laisser ses mains dans la poussière,
Et se battre contre ces bras qui ont poussé sa flamme sourde en enfer.
Au fond,
Le sommeil du mal est terriblement agité,
Seul dans un château où rien ne bouge, sauf l’ombre de la fatalité,
Regardant le plafond, cherchant le pardon,
Observant dans le miroir ses yeux, ses joues tremblantes, ses rides,
Son regard qui le percute de plus en plus dans le vide,
‘’Pardon … ! ‘’
A écrit sur les murs.
Au fond,
Ces trois chemins mènent au cimetière
Ö Mort !
Votre odeur,
Votre lueur,
proche, proche,
Ö Mort, la seule réalité, prend cette illusion en douceur