5 poèmes

 

Une maison de poupée

 

Les fleuves sont hauts,
La Lune s’est mordue la joue.
Les pattes des oiseaux
S’abritent et s’ébrouent.

La cloche cogne au bleu lisse
Des poitrines endormies.
Le sable du sablier crisse
Dans la bouche de la nuit.

Et toi tu marches dans la neige,
Arlequin, tu creuses ta malice !
Tu fais mystère de ton cortège
Et puis tu retournes en coulisse.

 

 


Le désir m’a fait semblable

 

J’ai croisé ce soir le regard du trompettiste
Il tient ferme son rang comme une fièvre triste
Dehors il cherche mais le jour ne revient pas
Les jeunes Pans vaguent aux alcôves et ils n’aiment
Rien que le sang du soir que sa bouche mordille
Regarde-moi danser comme un bateau qui pleure
Regarde-moi danser au fond de quelle nuit
Git la carcasse rougeoyante du bonheur

 

 

 


Ni de terre ni de mer

Il n’y a plus d’enterrement
Ni de terre ni de mer
Si tout le monde ment
C’est pour mieux s’exhumer

Il n’y a plus d’enterrement
Ils te jetteront os aux chiens
L’arbre n’embellit plus
De tenir le vent

Il n’y a plus d’enterrement
Plus un ciel à labourer
Qu’importe la forme des estuaires
Je me soumets à ton sablier

 

 


As-tu tout emporté ?

 

Je ne désire plus me retourner encore
Sur la face jadis éclaircie de ton rocher.
Si l’amour doit surgir sous un nom que j’ignore
J’accueillerai jusqu’au sanglot ses vérités.

Ô mémoire, de quel navire t’es-tu échappée
Avec ton vêtement assoupi de lumière ?

Va, ne me cherche plus. J’ai serti nos graviers.
Je suis la mer en lutte sous le port, l’archipel
Reboisé par les vents mauves et étrangers.

Qui que tu sois, fille fraîche aux mains de cerise,
Veil homme dont la voix est un jeune oiseau,
Je scrute ton orage, j’écarte le rideau rouge de tes rêves,
J’entre au monastère intranquille de ton brasier.

Qui que tu sois, sois reine,
Et que notre éternelle séparation soit célébrée.
Qui que tu sois,
Tu pourras dire : - Mon cœur s’en trouve délivré.

 

 

Sans compter les dimanches

 

Nous aurons des dessus-de-lit
En velours de Gênes
Et mille guenons plus veilles que ma mère
Y enfanteront

Nous ramerons avec les branches 
Vertes du poème
Quarante jours c’est long
Sans compter les dimanches

Les enfants laissez-nous
Allez jouer tant qu’il n’y a pas de vent
Ne touchez pas
Les racines de l’arbre tant qu’il gèle

Nos tristesses sont des grands cyprès
Qu’on cache et qu’on brûle
Un matin
Sans y penser