L’œil imaginaire (3)

de : 

 

L’éternité n’était que le prologue
le lever de rideau avant la tragédie :
tout reposait sur des idoles englouties
attendant la descente d’un plongeur-messie
qui les repêcherait en une parousie de harpons et
          d’amphores.
Un escalier d’honneur de style viscéral s’enroulait sur
          lui-même
à l’orée d’un terrain vague en construction
où le locataire oublié au fin fond des couloirs
écoutait, souffle coupé, paupières dilatées de terreur,
          dans le noir
l’assassin pourchassé par l’armée du Salut.

L’espace, contagieux, concentrait ses cigües à la pointe
         de la flèche.

Une croyance aveugle dans le doute autorisait
          tous les soupçons.
Seule la mort était à la hauteur
au pied du mur édifiant le maçon
mais Dieu, passe-muraille, inaugurait son numéro
d’initiation à la débauche de voyelles démesurées.
L’anti-âme et l’antimatière, sœurs de lait en quête d’un père
contemplaient le deuil à l’envers pendant que s’élaboraient
à partir des fruits verts du blasphème
les liqueurs sans issue des naissances sévères.