L’œil imaginaire (4)

de : 

 

La promesse de la résurrection des Mots, inséparable
          de celle, singulière, de toute voix
de chaque œil avec sa lumière
constituait le codicille du cent millième Nouveau
          testament
emprisonné dans l’alvéole royal au degré zéro
          de la pyramide
près du sablier où feignaient de somnoler les
          licencieuses horizontales
sacrifiées au profit de voluptés posthumes.

Le veilleur nyctalope des Archives, conservateur
          des hypothèses
immergé hors du temps dans le corps d’un insecte
récitait des prières pour les métaux déchus
et la rédemption de la matière
chœur à bouche fermée pareil au bel canto des morts.

L’absolu s’amorçait par un trou dans la rose :
ciel-piège si concis qu’il pressurait l’oiseau.
L’haleine de l’ailleurs attisait les braises du poème
esprit ardent de l’air occupé à fonder inlassablement
          d’autres cosmos.
toute pensée se fécondait de la proximité consanguine
          de l’éclair
où situer la mort – maison mère des vocables
ou blancheur absolue d’une page à nourrir ?

Cependant, le poète rentrait tard, repu d’immensités
et d’aubes levantines
débordant de vocables
arrachés aux décharges publiques de la mémoire.
Invisible voyant voué aux chambres noires
refusé à l’oral, à l’écrit, à l’usure
Orphée le déserteur haranguait les défunts sans cesser
   de se taire
"Le premier disparu attend l’autre sous le pommier"