Le Bol et l’innommable

 

En ce palais d’Asie au comptoir orné de trois sages confucéens
Tous en porcelaine dorée et rose
Le patron très pâle pâlit encore à l’énoncé de ma commande
La soupe du chef au prix dérisoire
Ne se commande pas dans l’ignorance
Le liquide brouet s’agrémente de la paille frisée
Telle une chevelure noyée à fond de bol
Où surnagent des tranches parfois signées à la pointe du couteau
La chair ouverte d’une boutonnière
Plus large que celle d’un suicide dans les règles du bushidô
Cette viande de pauvre vire du rose pâle au pourpre foncé ou au marron
Sans doute représente-t-elle des cœurs et des foies
Prélevés à l’animal qui vaut de l’or
La consistance peu franche de ce potage
Tient l’appétit en otage : il ne sort pas