Poèmes (extraits), Toiton

 

 

LA DERNIERE OEUVRE DE PHIDIAS

 

(publication prévue en mai, chez Encres Vives)

 

Phi-dias

 

Dans l'îlot clair découpé par la lampe

au creux de la ténèbre où ma pensée te cherche

Je trace       la caresse

de ton nom

 

Ombre face à la mer

chaque fois que je t'aperçois

dans le ciel palpitant

tu es le cœur d'une rose immense

qui s'abreuve dans l'eau

puis s'engloutit

 

Les ombres s'allongent et la sourde rumeur

des vagues

ronflant comme à l'oreille émerveillée

contre la bouche de porcelaine

marine

est résonnante tempête au creux

de ma tête

 

Puis un vacarme de sonnailles

les aigus cris des pâtres

      oiseaux ébouriffés

s'envolant en rires d'hirondelles

par-dessus le sec martèlement

des cailloux       du chemin

 

A l'heure où rentrent les troupeaux

Phidias

Tu es cette ombre immense

qui submerge le ciel

puis la mer

et mon âme

 

 

 

#

 

 

Phi-dias! Phi-dias!

 

Chantante et pure et claire

la voix d'un enfant s'élève dans le soir

 

et les deux syllabes de ton nom s'élancent  -

glissement de plumes semblable aux ondes

en surface des eaux

que cingle la mouette en son vol prédateur.

 

Phi-dias! Phi-dias!

 

Au fil de la voix qui chantonne

enfin tu t'es pris

et lent        lentement        tu remontes

de l'ombre       de la mer

vers la maison

 

 

 

#

 

 

 

Phidias

 

Te prendras-tu au piège

des signes que je trace

mailles d'encre tissées à l'heure où je

disparais

hantée de choses indistinctes

qui s'entremêlent      se confondent

- diaphanes et poreuses

avant d'absorber les marges

de la nuit

qui peu à peu             les alourdit

et ferme       sa paupière

 

 

 

#

 

 

 

LES NOMS D'ISIS (extrait)

 

Dans les limbes du temps

suivant

le vain et fluvial ondoiement

du Nil

elle cherchait

sparsiles graines étoilées dans le chaos des mondes

ses membres

dispersés

 

*

 

Au limon où vacantes

les formes s'anihilent

elle inventa alors

ce qui manquait au nom

 

O

siris

 

la ronde outre d'où croît

filial et coalescent

le grêle iris

 

ou

 

Rien

 

signe à l'état pur

 

Abîme

sans principe ni fin

miroir au fond duquel

 

oiseau-pélerin

 

tu comprends que ce nom

était déjà

 

le Tien

 

 

 

*

 

 

 

TOITON

 

Juin

 

Un éclair scintille chaque soir vers le couchant

chaque fois différent

 

Avant l'arrêt du train

je guette la balise

en surplomb

le pin au tronc tordu soulignant l'horizon

l'ourlet des tuiles rondes et rousses au pan de mur délimitant l'apparition.

 

Parfois le train dépasse le toiton

reste à le deviner

recomposer les ligne radiées qui enserrent le lieu  

dont il est le moyeu

à travers la frondaison d'ombre des buissons.

 

D'autres fois la vitesse laisse à peine le temps

d’une impression de tache plus claire à peine

que la mer sur laquelle miroite le zinc

de ses tuiles

 

Est-ce le toiton

ou papillotant à travers les branches

un reste des braises du couchant?

 

Fantasque et inaccessible

est-ce lui sous l'arbre demi-mort

où tremblent les ombres d’argent des oliviers

leurs rejets jaillissant sur le mur gris

où s'agrippe la ronce ?

 

Si je le voyais parfaitement  

je pourrais décrire la forme

- que j’imagine ronde -

de son toit métallique

Les tuiles mates et plates semblent

- de la distance où je suis -

prolonger l’alignement d'écarlate synthétique

du muret

qui le cache  

 

regret des tuiles vernissées qui ont d'abord bercé mon

imagination.

 

Au sommet du toiton

un petit vaisseau de métal découpé girouette

tourné vers le large

infime détail souvent caché par le pin parasol

et dont je me demande comment

il ne s'est pas encore résolu à rejoindre le large

qu'il pointe désespérément.

 

 

 

*

 

 

 

Septembre

 

Le toiton me fait défaut

 

Derrière les frondaisons luxuriantes

happé par l'excès de lumière

qui fait cligner les yeux au miroir de la mer

sur laquelle tout réfléchit et se perd

 

je tente en vain de le

saisir

il m'échappe

autant

que le virevoltant navire

 

A-t-il enfin rejoint le large?

 

 

 

*

 

 

 

Novembre

 

Sur l'étal d'un brocanteur

un bateau de zinc me fait signe

 

Qu'il est petit

empenné sur sa flèche de fer

misérablement loin de la mer et du vent

 

Est-ce lui?

.

Arraché au toiton - par quelle bourrasque ?

 

Echoué dans le vétuste bric-à-brac

sous le froid soleil du matin qui givre l'haleine

et les doigts

 

est-ce moi qu'il attend     ?