La théophanie printanière

 

Je reconnais chez toi les symptômes de la faim :
des mots tièdes des tentacules mous
(comme la salive malade comme l'empreinte d'un escargot)
arpentent ma peau
Je reconnais chez toi les symptômes de la faim

(Mon Dieu ! humiliants pourrissants sont tes miracles à l’envers
Reconnais-le : je ne les ai pas mendiés je n’ai pas prié
Dans la capsule du sang j’ai tourné sur moi-même comme dans le placenta maternel
Je déclare : le désespoir en plein sommeil le désespoir en rêve
c’est toujours du désespoir : j’ai fait autant de cauchemars que possible ;
les dépôts sousconscients
les larmes nocturnes les fœtus expulsés
jaillissent immondes rentrent dans les mots
J’en ai eu assez
j’ai prié pour ma mort ici-bas
Tu m’envoies
sans que je le demande
des merveilles périphériques
ton salut grotesque tes signes à rebours) 

Je reconnais chez toi les symptômes de la faim ;
j’admire ta denture – carnassière
Toi – père totémique – tu avales tes fils sur l’herbe verte
Moi je dresse des barricades – paupières mains moites
Je pressens chez toi les symptômes de la faim :
je me déshabille m’endors
dans l’herbe fleurie sous l’herbe nocturne

 

 

Biobibliographie et traduction © Linda Maria Baros