5 poèmes

 

MERCURE

 

Et je buvais ce sirtaki
En colère dans un grand verre
Bleu brisé d'acier au soleil
En croyant les cigales proies
De la pythie et d'Aphrodite
Pâmées dans un grand drap !

Au pied de l'Olympe, en tailleur,
J'écoutais le vent bistre
Et le tabac sauvage chantait
Des mélopées aux voyageurs.
D'autres musiciens, beaucoup
Tanguaient en cœur fripé
D'haleines au grand jour !

Seule, dès l'aube aux linceuls des vignes,
Je croquais les Açores aux sortilèges
Quand la voile est partie.

                                                Extrait de Les Champs de Mercure
                                                                            Recueil 1981-1984

 

 

 

                                                    

 

 

FRESQUE

Il est revenu avec les oiseaux de crécelle

Il est revenu avec l'organdi des chemins.

Le sourire épicé des palmiers plissés.

Son chapeau d'amande, cliques en claque.

Il est revenu ce soir de gentianes

Grésillant de mots purs et d'aventures

En culture dans les nids de jour qui luttent,

Avec un bourdon craquant, moi, l'oeillet,

Je me drape et j'ai faim !

Mais le bourdon en le coquelicot

En comme dans son berceau.

                                                    Extrait de Vingt ans de peine
                                                          Recueil  1985-1989

 

 

 

 

DEPART

Il y avait du sel, du vent et des couleurs

Et sur le tableau noir d'autres signes encore.

Je trouvais fort alors d'élever le ciel vaste, l'azur

Des anges, les oiseaux endormis et les croix

Sur tes silences, comme un dôme,

L'éclair d'un éden mauve.

Juin de feu, Roncevaux noir ;

Des maisons s'ouvrent

Aux quatre coins

En un rire d'eau forte.

Le rosier jaune lance encore sa gerbe

Comme une ostie d'éveil.

Mais dans le tunnel de mes sommeils,

Rien n'est plus muré que ton sourire,

Cerclé de constellations tristes.

                                                Extrait de  La Modulation
                                                         Recueil 1990-1995

 

 

 

 TARRAGONE

 

Quand le bruit court et s'approche près de l'homme,

Quand cet homme déjà murmure: où es - tu  Margarita ?

Où s'est perdu ton sein sur mon ombre penché ?

Mon chemin s'en va sous la pluie, dans la brume

Et  je  perds Margarita dans le silence

D'un chien sous la table de l'enfance.

Et ce chien d'aboyer aujourd'hui dans la nuit

Et le regard de se regarder toujours vif dans la glace.

Le bruit de la mer d'être à la mer toujours

Où es-tu Margarita ?

Où s'est perdu ton buste sur le berceau voilé ?

Où s'en va le bruit de la mer

Quand toujours le chien aboie ?

Quand mon cœur, tout à son désarroi

Sous la lune, avec toi, se noie …

                                  Extrait de Les enfers d'Eurydice
                                              Recueil 1996-2005

 

 

 

TOUT  DEFRAGMENTER  MAINTENANT

Dans le jet d'eau,

L'eau n'a l'air d'être là que pour tomber.

Et pourtant, c'est de cette averse

Qu'elle tire la force de son jet

Qui remonte bravement,

Transformant le mouvement

En énergie pure.

Pure,

Non pas au sens de débarrassé de tout

Mais pure de la pureté des cascades.

La pureté retrouvée

De la cascade urbaine …

Le jet d'eau interpelle celui qui voit,

Celui qui entend, celui qui sent,

Celui aussi qui craint le mouvement

Et la présence.

Le jet d'eau vous stabilise

Vous accompagne

Ou vous enferme

Dans sa liquidité.

Certains passent

Compacts,

Devant les jets d'eau.

Non pas fascinés ou curieux :

Etanches.

Et je respire pour eux,

Lavée de tous mes encombrements.

Sans égards, pour jouer,

Les enfants s'abattent comme des corbeaux colorés.

Mais, ne sont-ils pas de l'énergie pure ?

De celle qui a créé les jets d'eau ?

 

                                             Extrait de Les chuintements de l'extase

                                                             Recueil 2006-2009