L'Aube Animale (extraits)

 

Les sanglants auspices, que tu t’acharnes levant les yeux à déchiffrer sur les plaies natives de l’aube, ne dévoilent pourtant leurs arcanes, scintillements rubis, qu’aux mares attentives et au bac en fer blanc derrière la ferme, dont les surfaces frémissantes reflètent aux rouges-gorges l’image de l’agonie.

*

Ton prénom n’aura été pour deux printemps qu’une indéchiffrable charade dictée aux fées par la malice et dont la clé résidait dans une amande encore verte, mais qui permit de fiancer ma ruse et ma patience.

*

L’hiver qui serait tombé sur tes cheveux m’eut plus frappé que la force géologique dont témoignent tes yeux si moi aussi je n’avais déchiré la neige sur les épaules du ciel quand se défaisait mon histoire en loques.

*

La battue de tes cils porteurs de cette gloire que je désire faire, pourrait bien troubler l’eau de la fontaine où fond ton œil.

*

Aussi seul que je pouvais être, et aussi éloignée de moi pouvais-tu être, ton existence a soutenu la souche de mon épaule quand flétrissait l’automne, et alors même que de fourbes ronces balafraient de leurs épines ta jambe en porcelaine, et y peignaient au sang de fines nervures végétales.

*

Si tu n’étais pas celle qui veille l’heure jaune, où glanent les fidèles des restes de sainteté, j’aurais sûrement tenté ma chance à l’orée de tes yeux pour y récolter la rosée lucide.

*

Tu pourrais chanter, sans même respecter la gamme que réclame ta noblesse de hameau, mais tu restes muette, laissant à la lumière le soin de transcrire sur les feuillées ta beauté plus parlante encore.

*

Chevauchant la nuit domptée par ta respiration, j’épie les battements si étrangement rapides de ton cœur, auxquels je reconnais à chaque fois une fascinante qualité animale.

*

Si j’avais pu imaginer si fière compagne de ma propre race à mes côtés, quand la peur dévorait et la ruche et l’abeille et son miel, jamais je n’aurais choisi d’exposer autant ma demeure, ma chair et mon sang, puisque aujourd’hui je me dois tout entier à ta personne.

 

 

 

(extraits de L’Aube Animale, 2007-2011, inédit)