Film

 

Les deux jeunes gens asexués s’en sont allés le long du mur vierge de vigne et d’herbe.
Ils se tenaient par les doigts tout en parlant d’autre chose.
Leur filet de voix paressait immortel.
Nous sommes restés sur le bord avec leur sac de voyage.

Bientôt leur ligne rejoint celle du mur. Elles se confondent. Ils disparaissent.

Les deux enfants nus nous ont laissé et nous fouillons dans leur sac à dos.
C’est rempli d’autre chose.

Ça nous intéresse. On déplie à la va-vite, on s’attarde sur quelques morceaux. On remet tout en vrac.
On se charge des bagages.
Debout, nous aussi. On part à leur suite.
Nous nous déhanchons pour aller plus avant maintenant.
Nous les rejoindrons avant le mur. Nous le voulons.
Nous les rejoindrons avant le mur.
Nos épaules partent en arrière, nos semelles ne se lèvent que rarement.
Nous voyons quand même deux ombres semblables proches de nos pas.
Nous avons bon espoir. De les voir. De face.

Nous tendons une main que nos épaules retiennent malgré elles.
Les deux volent par instant.
Pas très haut, mais ils volent, comme du linge au vent.
Nous sommes épuisés. Nous suons et avons froid en même temps. Nous perdons de la distance.
Les deux qui se ressemblent ne se retournent pas. Sur nous.
Nous soufflons de gros coups. Notre haleine les pousse un peu plus loin. Nous ne le voulions pas.
Trop tard. Ils sont perdus pour nous. Les deux.

Nous deux, nous nous voyons.
Nous ne nous reconnaissons plus. Chargés comme des mulets.

Ça ne nous va plus.
Nous n’avons plus qu’à descendre un peu plus bas dans un jardin.
Nous n’avons plus qu’à nous enterrer.
Et dire que nous étions les mêmes…
J’ai peine à le croire.
Ma pauvre.
Laisse tomber. Je me charge de trouver la pelle.