5 poèmes

 

Toujours ailleurs

             Hommage à Mahmoud Darwich

                          J’habite dans une valise
                                                    disait-il

 

L’ailleurs nous porte
hirondelle d’oubli
l’ailleurs fumée de rêves
l’ailleurs aux gonds de nostalgie
l’ailleurs partout où n’être pas
l’ailleurs comme renaître
l’ailleurs d’errances et de dérives
l’entre-deux où se perdre
attente de l’autre rive

Ici toujours penche vers l’ailleurs
ici incline ou élève à ciel ouvert
chemin à bascule
sables mouvants de l’espoir

Confort étroit de l’ici
risque consenti de l’ailleurs
l’ici et l’ailleurs
frères à tout rompre

Ailleurs moulin à tire d’ailes
ailleurs aux ailes de nuages
Ailes d’exil et de tempêtes
soulevant des voix si fragiles
si fortes

J’habite dans une valise
disait le poète galiléen
pollen de larmes
mouvement perpétuel
paroles ivres de jasmin

J’habite dans une valise
disait Mahmoud Darwich
l’espace pas à pas
l’ailleurs en archipel

Palestinien planétaire
Mahmoud Darwich
est mort à Houston en Amérique
sa valise reste ouverte
aux mains fraternelles…

                                
(Texte publié dans :
Lieux d’être n° 47 et Décharge n° 145)

 

*

 

Cosmogonie du silence

 

L’univers est un océan de ténèbres
où voguent des milliards de lampions
en archipels
vibrionnant d’un vertige insondable

Cette poussière d’étoiles sous nos pas
nous grandit d’une toise céleste
quand nous portons nos yeux
au-delà des murs que nous érigeons
pour protéger notre sommeil

Si tout est vanité
il n’est pas vain d’aimer
et d’éclairer l’abîme
de nous-mêmes
naufragés de l’inconnu
pour franchir d’autres seuils
repousser l’horizon
assumer l’énigme primordiale…

 

4 janvier 2009

 

 

*

 

Des arbres de sang
explosent
dans nos labyrinthes
les grappes de vie
suspendues à nos lèvres
cherchent un souffle nouveau
comme un recommencement du monde
vers des printemps palpables

Les mains se cherchent
se prennent pour des ailes
et nos voix étranglées
croient qu’avaler une flûte
ou apprivoiser un rossignol
suffira à capturer
le chant fragile
noter sur la portée du vent
la musique indocile
du poème…

              

                               Lyon, le 21 mars 2012

 

 

*

 

Les étoiles
fruits de feu
des ténèbres
en l’athanor céleste
sont-elles fécondées
par la poésie secrète
de l’univers…

La vie est là
tombée des astres
vacillants
dans la nuit infinie
des galaxies
et nous ici
pauvres idiots
cois
à contempler
notre néant
après avoir adoré
des dieux de papier
sourds à nos appels…

 

                      4.2.2014

 

*

 

Sous le sceau de la burqa

                           à Chahdortt Djavann*

 

La vie sans visage
est fleur de ténèbres
racines arides
de fiel
et de rage

La nuit barbare
en bâillons résille
brise les rêves

Les épousées du désert
ont tissé leur linceul
de l’adolescence
à la mort

L’empreinte de leurs pas
d’un bleu brûlant
inscrit d’obscurs
cris dans les sables…

 

• Auteur de Bas les voiles !

(texte publié dans UTOPIA 2012-2013
et dans un livre d’artiste
avec des dessins de Mylène Besson :
Triptyque sans visage,
éd. Les Cahiers du museur, 2014)