Au bord du ciel, un chemin

 

 

Venue de loin

 

Les fenêtres de la ville se coiffent pour la nuit
Le silence se lève sur la pointe des pieds
Seule, je veille et m'enferme
Dans ton sommeil
Ici, tu oublies tes habits de sang
Les morsures de ton visage
et ce long tunnel
d'où tu es sortie fragile.
Désormais l'obscurité est décapitée
incrédule mais reconnaissante,
Je bois la lumière d'une source de vie
Qui chante fraîche,
debout à travers toi.

 

 

La nuit

 

Un lit entre deux dormeurs

L’aube sur le lit

Le lit près de la fenêtre

La fenêtre sous l’arbre

Un nuage au-dessus de l’arbre

Un songe dans les nuages.

 

 

Désespoir

 

On a brisé la boule du bonheur
Où l’on vivait comme dans un rêve
Une fille aux grands yeux de fée
Etait ensanglantée
Tournée vers les murs sombres de son cœur
Jeunesse défigurée dans un été pâle
Sourires oubliés dans les bras du tressaillement
Que faut-il pour devenir fragile ?
Un brin imperceptible du destin
Qui change de voie
Et s’oriente vers les ténèbres d’à côté
Des sources inquiètes montent en moi
Et j’y trébuche en plein jour
Dans ce sentier exécrable
Où même l’écho est décoloré
On ne nous reconnait plus
Car même nos ombres
Ressemblent à des loups de rancune
Hurlant chacun seul dans la nuit.

 

 

Petit bateau

 

Un bateau en papier
Dort sur le lit d’une rivière
Il pêche
Les songes
En regardant
Les poissons
En forme de nuages.

 

 

 

Violence

 

Le vent gifla la mer
Qui se souleva, se cambra
Puis s’abattit d’un coup

La vague se pressa et mordit
De ses milliers de dents
Le rocher

          Il s'effrita sur la grève
          En d'infinis galets

          Les sanglots d'un espace lointain
          Retentirent sur les rives de l'horizon

          Et le temps qui regardait ces instants
          Sombres de violence
          Pressa la marche morbide du temps

          Le soleil coula dans son disque sanguin
          La lune épousa sa lumière de froidure

          Que les lâches n'ignorent pas la loi des ténèbres
          Gravée dans la sentence de nos Destins.

 

 

Communion

 

Le soleil se lève tranquille
Chapeauté d’un nouveau jour
Je le salue
D’un signe de main,
Il me répond à sa façon
Une dernière étoile à disparaitre
Avant le matin,
Clignote timidement
Dans le bleuissement
De mes yeux.

 

 

L'accident

 

Du haut de la vallée
Elle ne vit que sa peur
Elle eut beau hurler
Tout passa telle une lueur

          La chute se fit rapide
          Mais elle put apercevoir
          Derrière la vitre limpide
          La mort habillée de noir

          Effrayée elle ferma les yeux
          Puis lança désespérée
          Un cri qui troua les cieux
          Déconcertant la mort qui souriait

          Quand on la retira d'en bas
          On ne vit pas que gisaient là
          Deux ailes blanches ensanglantées
          Repliées, paisibles de l'avoir sauvée.

 

 

Jeunesse d'aujourd'hui

 

Le visage ganté de confiance
Elle a des répliques de silex
Les mains aux abois
Des orages dans ses rires
De la poussière dans ses rêves
La chair crevée de désillusions
Une ombre gavée de stupéfiants

          Et l'ennui meurtri qui
          La poursuit de ses griffes.