5 poèmes

 

                L’intimité du pardon

 

Des vagues de peur et de fureur montent au sommet de la détresse quand des images tatouées dans la chair ne cessent de heurter la mémoire de ce qui fut bouleversement de millions d’existences. À chaque moment de nos survies, la pointe lancinante d’un couteau brise nos affections meurtries et les barbelés de l’horreur déchirent les lambeaux du ciel quand la lumière du jour appelle à la clémence. Comment fouiller l’intime du pardon, regarder le visage de ceux qui ont failli et tenter, pour toucher à plus de sérénité, d’accorder tolérance, pitié et compréhension. Ceux qui ont brûlé sur les bûchers barbares reposent dans le silence mais ceux qui sont restés dans l’incompréhensible ne peuvent pardonner au ciel et portent le plus lourd du fardeau.

 

In L’intimité du Poème

 

 

 

 

            L’intimité de l’écrit

 

D’un pouvoir sans limites, les mots s’écrivent et se mêlent de tout. Ils envahissent le destin d’une fleur arrachant férocement sa tige d’un geste coupant, l’isolant des siens, et l’abandonnant sur un talus sans sépulture. Il leur faut reconquérir paix et silence. Retrouver leur voix écorchée par la cacophonie proche, instituer d’autres règles au sein d’une communauté fervente, réinventer la patience. Sur cette forte poussée sans autre chemin que la voix nue renvoyant ses sonorités vers l’âme attentive, les mots dressent une verticalité de funambule dans l’épopée du poème et s’attachent à relier humblement chaque lettre les unes aux autres, s’articulant dans l'intervalle d’un culte sans officiant afin de tisser trame et chaîne d’une étoffe qui vêtira la planète d’une respiration légère.

 

In L’intimité du Poème

 

 

 

 

Si ce n’est Jupiter ou Yahvé, quel est donc celui que tu appelles en silence. Il ne te dira rien de la durée et t’abandonnera à la pénombre. Ici ont dormi les grands bâtisseurs de barbarie et les créateurs de néant, vautrés dans la lie et les hurlements. Tu es resté trop longtemps penché sur cette plaie d’où la sève coule goutte à goutte. La tenir au plus profond des plaintes aurait été survivre. Mais tu veux vivre, serrer contre ton cœur le chant de l’oiseau, trouver au fond du nid le rythme des saisons.

 

In » Mémoire d’absence »

 

 

 

 

Au-delà du précipice des mots, la geste indique la route et perdure dans la fraternité des éléments. Déserts enturbannés d’étoffes bleues, cités meurtries de fièvres et de douleurs, volcans, simples îlots anonymes. Les mots illustrent la page du rêve incontinent disant le poème du jour, se cognant dans son désir d’éparpiller ses sèves, solistes réunis d’une partition jouée dans de vastes profondeurs.

Puis le porteur de mots frémit devant la certitude de sa folie.

 

In Triptyque

 

 

 

 

J’enrage d’écriture rouge et le sang de l’écrit empêche le battement de mes ailes. Je vole au-dessus des nuages, brisant le béton du ciel. À ma cheville le bracelet de pied maintient en esclavage les mots cadavres. Les mots, morts d’obscurité, s’alignent en rangs serrés, hirsutes, squelettiques et j’essouffle mon rêve pourri de certitude.

 

In L’exil du poème