Poèmes

 

 

La hussarde

 

 

J’ai gagné la hauteur des toits pour entendre votre rumeur, comme on respire une fleur. Dans la rue je sens bruire les étoffes de votre élégant manteau et la fumée de votre cigarette dessine des rubans blancs. Immobile, l’esprit frivole, je croise mes souliers de satin devant le ciel de craie bleu sombre. 

Les façades accueillent votre ombre qui glisse et s’interrompt à chacune des fenêtres. J’écorche mes bras aux tuiles rouges. Les poussières dans le soleil constellent et encadrent votre pas. Des petits points de lumière clignotent.

Par une grande et lourde porte de bois, vous entrez, troublant le récit de mon histoire. De ma hauteur, vous avez disparu.

Une raie d’or soudain redécoupe votre visage. Un chandelier à trois branches déroule le nouveau décor. Les parfums des tapisseries s’agrafent à mes narines .

Au-delà de la longue toiture, vous embrassez tout l’espace. A votre table, dans le tremblement des trois flammes, vous écrivez. La musique m’arrive cassée, en valses saisies par le froid.

J’emploie mon ivresse à vous lire. Cachée sous le grand capuchon, vous m’emportez dans la bourrasque de la bruine glacée. De la hauteur des toits, j’ai reconnu votre parole.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Mon poète

 

 

 

 

 

La mémoire lézardée roule, et roule à l’extension de nos souvenirs. La douleur retorse coule à mon front. Votre élégance est assise à mon bras.

Votre voix s’enfle à vous écouter, les « Hébrides » de votre lecture enjouée se posent sur mes vitres. Comme le miel, vos opéras me mènent au bord du monde.

Le temps d’une seconde est celui de l’éternité, et la blessure au cœur étrange plombe la robe légère et bleue. Les fleurs frottées du sang font baisser les yeux.
Votre parfum à portée de main ; et je suis née des Caprices, enveloppante, agenouillée à l’attente.

Le passé pour espérer une retrouvaille. Je n’ai pas le choix du temps.

Sur les pavés du départ, j’ai entendu le piano d’un conservatoire, j’ai dans mes cheveux votre voix. Votre image sur la peau comme dans un mystérieux conte où la clé est fée. Pourtant le tourment de vous perdre a tissé à mon cou.

Vous, le poète, semez des bleuets dans mes yeux en poussière. Vous, mon poète, me reconnaissez dans le soleil, formez des boucles à mes tempes. Vous, dont le nom brille sans le dire, comme il est doux de vous regarder dire.

Vous avez posé au bord de mon épaule votre respiration.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Au Terminal Nord

 

 

 

 

 

A l’immense portail de pierre à l’horloge lumineuse des départs, des courses, je vous attends.

Le temps précieux est vaincu. Je ris avec vous.

De vous, je ne vois  plus l’hiver. Le soleil artificiel et rouge réchauffe ma nuque. Les amandes craquent mon impatience.

Au Terminus Nord, les dorures et les fleurs blanches claquent, les homards dorment bien alignés dans un lit de citrons. Le sel brûle presque ma bouche.

L’écriture palpite, il me faut dire.
Des trains, des quadrillages d’autos, tout est précipitation. Seule l’aiguille de la Grande Horloge peine à avancer. Les minutes minaudent.

Je vous attends. Le vent soulève le manteau noir et long.

C’est moi qui vous verrez traverser la rue, c’est moi qui vous ai vu vous asseoir dans une rame de métro. C’est moi votre rendez-vous.

Des statues immenses, le temps pour elles ne signifient rien. J’ai enfermé dans ma main votre parfum pour le souvenir. La nuit est noire et le vent pousse notre temps.

Au Terminus Nord, je vous ai écrit. Votre retard a élargi mes mots. A chaque entrée de rue, l’attente comme impossible dodeline et trépigne. Tout est extrêmement mesuré et inattendu. Sans doute échappez-vous à toutes attentes, sans doute….

Vous voilà………………………………………………………

 

 

 

 

 

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Les rêves sont des impasses.

 

 

 

 

 

Votre main sur le front, se fait fée, vos yeux se relèvent sur ma joue rouge. La lumière danse devant les mots.

Sur l’herbe, s’installe l’hiver et votre jardin voit briller une rose emprisonnée dans sa jeunesse, le sang sous la peau. Dans l’aube grise, la maison est habitée, devant vous, les verts se multiplient et inspirent votre lettre.

Les lèvres roses, sur le seuil, allument un autre monde.
Vos yeux s’ouvrent dans les miens et s’étendent aux cendres des fleurs.

J’ai rêvé Jadis.
Les étreintes d’orage, les cheveux pris dans les ronces. Le sourire affiché, nous marchions dans la ville. Seuls, dans la nuit des rues, je sens encore la chaleur de votre main.

Je réfléchis une absence. Comme il est mauvais goût d’être là alors que vous êtes au secret. Il ne faut pas rêver.

Pourtant vous me parlez dans mes nuits.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Idole

 

 

 

 

 

Sous l’eau noire, profonde ; infirme, l’immobile et l’informe silence. Comme un goût de vieux dires, le passé aux épaules revient boucler. Lancinant et étouffant, inscrit aux tissus de mes entrailles.

Un train, dans son élancée traversée, dans le tumulte du souffle et du vacarme, a sifflé, emportant en une brassée l’amère nausée. Dans un ciel d’acier, vous avez marché.

Parfumée de poésie et de grande pluie, une rencontre au courant d’air trace une ligne. Escale aux points de fuite, dans votre sérénité. En repos, des mots bleus comme votre cravate, s’accrochent aux yeux et nos pas se suivent devant le silence qui se cabre.

La mer me répond. La peur s’est ouverte, écrasée par un nouveau miroir. La clairière aux délices, aux caprices, rosit. Guidée, je m’y installe, elle trempe mes nuits dans la poudre d’or.

Votre main déchire la course du destin. Dans le vent, le sang palpite. Pour mémoire, des fulgurances insolites, des images surannées. Sacrifiée à l’idolâtrie, je mange avec ravissement l’ivresse du poète, votre élégance.