5 poèmes

 

J’ai épousé la lumière
elle me suit comme une ombre
comme un chien affamé
et sa pâleur nocturne
a l’éclat d’une lame acérée

La chambre où je repose
n’a ni fenêtre ni balcon
aucune clef ne délie séjour

 

 

 

La rôdeuse
nous marche sur la tête
ses pas sont plus tranchants
que le plancher des mots

Ses pas sont des vigies
qui gardent les ombres
dans leur maison vide
la nuit mal-nommée

Sous ses talons
ses arcs-en-ciel se cabrent
plus fins que des vertèbres
plus vivants que tous les chants macabres
de la renommée

Elle rassemble les songes épars
impossible de dire
qu’ils n’existent pas
qu’elle n’existe pas
sa caresse est une griffe
sa bouche a le goût du sable
toutes les aiguilles de ses pas
sèment la tempête de ma destinée

 

 

 

Il y a le cercle et la parole
et l’heure où chaque naissance
annonce l’aube rageuse
l’attente du regard

Une main aveugle
dure à tâtons
devance le jour
dessine comme par jeu
la frontière qui sépare
le silence de la parole
le geste du murmure

De son pouce
se traverse la brèche
s’effleure le néant
d’où l’on sauve
la braise
et la brindille

Et que l’oreille
se tende
vers ce soupirail
qu’elle entende
que nos fantômes
n’ont pas changé de nom
que tous se croient encore vivants
dans l’espace ouvert
par l’éclat
le mirage
de nos âmes !

 

 

 

Pour écrire un poème

Il faut recevoir
des brasiers de vent
un matin de brouillard

Il faut oser construire
une maison de feuillages
en plein courant d’air
mille fois la rebâtir

Il faut oser
se taire
rester immobile
longtemps indifférent
à toute rumeur
mendier
le premier chant du moineau
qui passe enfin sous la porte

Il faut avoir cessé
de vouloir nommer les choses par leur nom
avoir bu
à la transparence
de tous les calices

En écrivant ce poème
on se prend à rêver
que dans un autre temps
un autre pays
une main amie
en recueillerait les mots
pour les rendre à leur couleur
à l’ombre de sa voix
par la beauté
de la vie
qui traverse un regard

 

 

 

Que s’avance sur ce chemin – ombre ! –
le poète à la tête haute
couronnée de brouillard
et sa sœur
la mendiante Liberté

Ce n’est pas un hasard
si ceux qui n’acceptent pas la douleur
ne méritent pas nom de Créateur
ne méritent pas de voir
ni le ciel
ni les étoiles
muettes

comme ce tout premier pas