MAISON

 

J’ai vécu au bord de la ville
comme un lampadaire dont personne
ne change les ampoules.
Les toiles d’araignées maintenaient les murs
et la sueur seule nos paumes jointes.
Dans les recoins des pierres mal raboutées,
je cachais mon ours en peluche
pour le sauver des mauvais rêves.

Nuit et jour, je ravivais le seuil,
y retournant comme une abeille
qui revient sans cesse à la fleur d’avant.
La paix régnait quand j’ai quitté la maison :

la pomme mordue n’avait pas noirci et sur l’enveloppe
de la lettre il y avait encore le timbre d’une vieille demeure abandonnée.

Depuis que je suis né, les espaces calmes m’attirent
et le vide, toujours, colle sous mes pas
comme une neige qui ne sait pas
si elle appartient à la terre ou au ciel.

 

                       Traduit par Vladimir Claude Fisera