J'ai été cette journaliste de guerre... (4/9)

 

Et puis toutes ces images de guerre, de gens sans nourriture
Sans eau, sans hygiène
Pas de toilettes, pas assez à manger ;
Apparemment deux tiers de la population africaine
Meurent de faim et la moitié du monde est famélique.
Je suis censée être une journaliste de guerre qui envoie
Des informations sur les blessés, les morts et les mourants.
Je devrais être ce professeur        censée intelligente qui enseigne
aux gens à vivre et à mourir, mais le suis-je vraiment ?
Je suis censée penser Nord quand je dis « Ouest »,
Je suis censée faire le point sur la peste
Qui est la souillure de nos esprits, notre univers quotidien
Ne s’accorde pas avec les nouvelles quotidiennes
dont n’émanent qu'absurdités
Plus j’écris et moins j’ai foi dans les nouvelles et  dans la presse ;
Et si je me fondais dans le ciel bleu,
Et si je ne prêtais pas attention aux armes
Et si j’oubliais qu’on est en guerre.
L’eau que je vois est en bouteilles,
Pas d’eau pendant des jours dans le désert ; la température
Me rend malade et me fait penser à Lawrence d’Arabie
Me fait penser d’une manière anglaise que je connais si bien
Que j’exècre et dont j’admire la constance.
Et si j’arrêtais de lire la presse,
Deviendrais-je aussi tranquille qu’un lac sacré ? Vivrais-je
Assez pour voir un obélisque érigé sur ma tombe dans une
Petite ville proche du désert, loin de ma Méditerranée bleue ?
Plus j’écris et moins j’y vois,
Je suis censée voir peu de choses et écrire à leur propos,
Je suis censée me diriger vers la poste la plus proche
Et envoyer mes reportages sur ce ciel bleu et clair ;
D’une façon ou d’une autre je pense toujours
Au ciel sans parvenir
à m’unir à lui, je suis censée faire la somme des sumériens
je suis censée avaler les gènes d’une civilisation entière
et donner un titre, là par exemple,
j’ai inventé les bains chauds et l’Empire Romain
par exemple, j’ai inventé les amibes et la malaria
par exemple, j’ai inventé la colonisation, par exemple
m’apparaissent ces images de terre aride, ces images de Ka et de Ra
images de ce soleil tout puissant qui brille
sans cesse,  en dépit de tout,
Il  continue à briller.

 

Traduit par Vincent Broqua