Corbeille du temps

 

A quoi l’ont-ils abandonné le visible du père celui qui voit tout va jusqu’au bout il y a juste assez de fleurs tombant l’une après l’autre dans le battement du temps assez de douleurs et de joies au soleil ébloui d’herbes les fenêtres restent ouvertes tout l’été partout l’or s’écoule des pétales dansent jusqu’au sol l’amour surgit avec le sang chaque visage est une bibliothèque chaque livre a sa serrure et sa clé quand tout reste pensé tout cesse de peser

 

 

 

 

Les anges de lumière qui tombent frappés à genoux ils disent dieu s’est retiré du monde la main s’efface on n’entend plus que le faible murmure d’une fontaine brûlée de soleil impossible de réveiller ceux qui dorment une sorte d’impatience unanime les guide vers la mort pourtant les matins flambent l’ombre ne pèse plus sur le mur le temps s’écoute le feu monte une bouche ébranle le temple chaque couleur inonde les toits le cœur dérive parmi les bêtes qui traversent le jardin à chaque seconde acquiescer veut dire jouir

 

 

 

 

Là-bas c’est le bruit du ressac des planches en morceaux échouées sur le rivage des voix effacées par les vagues des vagues qui se dressent au fond du noir la fièvre des vents qui s’entrechoquent la forêt qui compte ses morts les festins les chants le sang des victimes des crânes qui s’entassent dans la grande fosse des gueules écumantes sur le sol des mâchoires serrées dans la corbeille du temps pourrissant dans la question pas même posée

 

 

 

 

Le temps se dérobe flotte dans l’espace lui il montre des portes qui ouvrent sur le ciel il s’endort dans l’éclat du soleil dans le cœur dans les flots près des fleurs parfumées de terres chaudes ses yeux brûlent dans la lumière il frissonne sur le sol léger dans le grand lit à ciel ouvert et sauvage il supporte les deux visages du destin il ne s’irrite ni ne s’indigne contre personne il ne cède pas au désir de mourir il change souvent de chemins toutes les choses lui parviennent les dessins d’or les paroles parmi les flammes