Aventures de l’œil déserteur de lumières

(extraits)

 

 

 

Le pignon dressé dans le ciel va s’écrouler un jour dans l’herbe sans faire de mystère. Petit à petit le vide grignote les pierres. Le vide blanchit sans que personne n’en soit sûr. Et la poussière des pierres s’éparpille comme des os noirs lorsqu’ils menacent les pas des hommes. En attendant une barre de fer pour danseuse suicidaire les soude d’un seul trait. Il est temps de se souvenir que le lierre n’a pas toujours raison et qu’être funambule en dessous masque les vertus du confort. Personne ne sait d’ailleurs de quel côté le ciel démarre.

 

 

 

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Les chemins de la campagne aboutissent trop vite à cette fente où coule la source synonyme de vie à brève échéance. La preuve est qu’à l’extérieur subsistent des pierres à contempler dans leur désolation. Le lierre y arrache un peu de vie à la nature comme il arrache des morceaux de craie par dessus la source trop étroite pour que le jour puisse y être découvert.

 

 

 

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Le vertige tombe à l’intérieur d’une fenêtre coupée par du lierre grimpant à sa source. Comment un corps à l’entrée d’un autre souterrain  peut-il s’en sortir ? Mieux vaudrait battre le linge à sa terrasse. A cette profondeur toutes les trajectoires ne cessent de se contredire. Il n’y a plus jamais de printemps dans ces ruines assemblées en toiles imprécises. Peut-être la fenêtre attend-elle que des ruines blanches la bouchent un jour que le barrage de la source aura sauté.

 

 

 

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Le chemin qui descend a un parfum de religion à faire peur aux enfants. Cette odeur de buis en tournant autour des ruines se révèle insupportable. Les arbres accumulent de l’ombre sur un point du malheur enfoui. Personne ne sait jamais où. Par nécessité toutes les branches se réfugient contre les murs qu’elles griffent comme des bougies vacillantes. Il faudrait devenir un géant pour comprendre ce monde à moitié enterré qui meurt chaque jour sans nulle comparaison.

 

 

 

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Les trous à l’intérieur des murs sont des meurtrières qui n’attendent que la chute des pierres. Dans cet ensemble de perspectives mourantes il fait toujours nuit. Le visage implore et glisse sur les parois de moins en moins glabres. Le grain de la pierre à suivre est rendu brillant par le gel. Il sait se durcir au point de couper les doigts de l’esprit qui veut s’élever en faisant des cauchemars en plein après-midi. Et ce monde se compose de mouches paralysées dans les interstices par des signaux qui ne bougent plus qu’une fois les corps précipités à terre.

 

 

 

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Sur le ciel tapissé de feuilles entre ces quatre murs ouverts l’air ne circule que s’il est froid. Et en bout de course demeure une impression de volume fait âme. Il serait facile d’en rester là puisque personne ne surveille le lent travail de la mort. Partir pour le ciel debout nécessiterait un peu de calme à la dernière main enfouie dans l’ombre. Déjà les portes du paradis s’entrebâillent avec un regard fuyant lorsque l’essentiel est de vivre dans le bruit.

 

 

 

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La vie échoue dans un trou de verdure noir où la nuit ne respire pas au dehors. Tandis que les arbres passent derrière les encadrements de silence des portes les serpents de bois se pétrifient en hiver faute de pouvoir s’élever entre les murs. Le brouillard des cœurs monte lentement entre les tombeaux vides après que soient remués les débris des poutres. Comment trouver l’équilibre au milieu des décombres qui pourrissent moins vite que les corps ?

 

 

 

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Les fenêtres sont tombées avec la lumière entre quatre murs dépourvus de transparence. Des fantômes ont dû se relever pour les mettre à bas. Au passage ils ont enlevé la lumière sans allumer de feu. Et maintenant le corps passe à travers les montants engoncés d’orties. Il coule en apparence dans cette eau teintée de brou de noix. A l’intérieur le voici prisonnier d’une gangue retardant toujours la route. Ses pas avancent masqués comme s’ils appartenaient à un criminel qui aurait perdu son visage à force de le frotter contre des miroirs obscurs.

 

 

 

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Le corps ne bouge plus. Tapissé de paille verdâtre il songe à réveiller l’absolu. Mais il faudrait pour cela des prières à dormir debout avec de la mauvaise lumière dans les yeux. Si la paille sent le refermé d’innombrables fleurs sont à écarter comme les minutes d’une vie végétative. Le visage n’absorbe pas ses paillettes mais demande juste des preuves que la place qu’il occupe peut toujours s’évanouir. Par contre l’odeur de vomi se réfugie dans la terre de crucifiés anonymes. Contre leurs bois rampent dans cette maison des bêtes à bon dieu.

 

 

 

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L’enfer semble s’être déplacé sur la terre. Là-bas l’eau noire disparaît avec sa source à distance en signe de respect pour un déluge inconsistant et il n’y a même plus d’eau dans la maison aux galeries cerclées de briques. L’hiver est devenu un désert aux allées sourdes. C’est à peine si les robinets coulent des murs ininterrompus. Les pierres ont moulé les visages de travailleurs pétrifiés. Prendre congé de ces lieux revient à laisser traîner son âme loin de la fête laïque. Personne n’a parlé d’être robot. Personne n’a parlé. La soif reprend vite quand la tête dépasse l’ombre du corps allongé.