Trois poèmes

NI DIABLE NI DIEU  (à Xavier Grall)

Texte Patrice PERRON

Musique Patrice PERRON et Patrick LE HOUEDEC

 

 

Je ne viens de nulle part
Qui soit d’essence supérieure ;
Sauf des corps et de la volonté
De mes dignes aïeux.

Mais je me revendique de Raguénez, Kersidan et Botsulan,
Les lieux de tous mes ressourcements,

Je clame, j’éructe et j’expectore
De toute la force offerte à mes poumons torturés
Qu’il n’y a, ici, en Bretagne,
Ni cheval couché de triste orgueil
Ni cheval d’orgueil baptisé de morgue,
Ni de Dieu nous imposant d’être à genoux
Ni de Diable nous cachant dans sa boîte d’enfer.

J’affirme que, portée par la brise tenace,
Ma voix galope, trébuche et arrive
Jusqu’à la lande insoumise,

Que, soutenus jusqu’à vos yeux et vos âmes
Par l’encre indélébile de mes livres,
Mes mots espèrent demeurer utiles.

Je ne m’en retourne nulle part
Qui soit indispensable ;
Sauf à prendre ma vessie d’occasion
Pour une lanterne d’exception.

Et que commence maintenant
Ma fête de nuit.

 

 

 

***

 

 

 

MEMOIRE DU LIN 

(à Claire Amossé, artiste plasticienne)

 

 

Je reconnais le fil de mémoire
De ce vieux drap en toile de lin.
J’en sens la trace familiale.

Enfant, j’ai dormi dans ces draps
Au contact rêche à la peau.
Ursule Kervarec, ma grand’mère,
Le sortait pour moi de son immense armoire.

Elle y avait brodé ses initiales
Cousu des plis à toute épreuve
Et rattrapé au fil rouge
Quelques accrocs d’usage.

Dehors, dans la cour de la maison de Quimperlé,
La grande lessiveuse bouillait le linge
Et j’en garde l’image et l’odeur.

 

 

 

***

 

 

 

JE  NE  M’APPELLE  PAS  ASPERGER
       Texte Patrice PERRON. Musique Philippe AUDREN

 

 

Asperger
Je ne m’appelle pas Asperger
On me diagnostique, on me classe Asperger.

Je décline ma logique personnelle
Mon cerveau possède sa propre organisation,
Ses formules spécifiques en tous genres.
Je lis en vous le regard que vous portez sur moi,
Je crie dans la nuit.

Pendant longtemps les psychiatres m’ont dit :
« C’est la faute de ta mère »,
Ils n’avaient rien d’autre à proposer
Que la chimie de l’hôpital spécialisé,
J’ai connu l’internement sans solution
Et l’hôpital de jour par défaut,
Je n’ai pas d’ami à l’école
Ni de copine pour mon petit cœur,
Je suis bourré de tics et de manies,
Je suis prisonnier de règles inutiles,
Je n’aime pas le bruit du monde alentour
Comme si mes oreilles ne savaient pas filtrer
Ce qui est néfaste pour moi.

Je ne m’appelle pas Asperger
On me diagnostique, on me classe Asperger.

Je peux hurler à tout moment,
Me faire mal gratuitement,
Détruire la vie sociale de mes parents,
Comprendre exactement ce qui se passe,
Mais ne pas être dans la réalité du monde,
Echouer à séduire celle que j’aime,
Quitter soudain mon piano d’élection
Si la partition manque de rigueur,
Hurler de rage mathématique
Si un imposteur me torture,
Je me perds entre neurone et synapse
Et ma communication ne vous parvient pas
Souvent.
Mais je suis vivant.

Je ne m’appelle pas Asperger
On me diagnostique, on me classe Asperger.