Choix de poèmes

Ces six poèmes de Paul Pugnaud sont extraits de l’œuvre du poète publiée par les éditions Rougerie. Recours au Poème remercie Olivier Rougerie de l’autorisation de les reproduire.

L’œuvre, importante, de Paul Pugnaud, encore trop méconnue, doit être remise en lumière. Plusieurs personnes commencent à s’atteler à cette tâche, dont sa fille, Sylvie Pugnaud. Recours au Poème s’inscrit dans cette démarche. De notre point de vue, Paul Pugnaud est un poète important.

La majeure partie de l’œuvre du poète est disponible auprès des éditions Rougerie.

 

 

 

Ecoute la fontaine
Jaillie de la mémoire
S’écouler dans la nuit
À travers les vivants

Son ruissellement draine
Le chant profond des pierres
Mais arrête le temps

 

 

extrait de Ombre du feu, éditions Rougerie, 1979

 

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Un labyrinthe où le silence
Est seul à guider notre marche
Nous mène dans la nuit

Le moment paraît mal venu
D’appeler un secours qui ne vient plus

 

 

extrait de Aride Lumière, éditions Rougerie, 1983

 

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Un nuage éclairé
Par sa propre lumière
Déclenche un incendie
Qui fera le tour de la terre

 

extrait de Aride Lumière, éditions Rougerie, 1983

 

 

 

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LES MOTS ONT FROID dans la mémoire des hommes
Quand la tête de chien du souvenir
Hume la laine rêche de la terre

Jamais les voix perdues
Ne viennent murmurer
Ce qui ne sera plus
La plainte où jaillissait
Toute l’horreur du monde

Un homme est à l’affût
Sur les crêtes du vent
Il écoute la pierre
La poussière et le sable
Il écoute la mer
Mais son cœur est muet

 

 

extrait de Minéral, (1970, prix Artaud), repris dans Poèmes choisis, éditions Rougerie, 1996

 

 

 

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Au contact de l’éclair
L’eau se change en rocher

Une flamme couronne
Ce triomphe des pierres

Sur son pourtour elle rallume
Les bûchers   soulève leurs cendres

Frayant la route à tes désirs
Une étincelle a reculé
Les limites de la lumière

 

 

extrait de Ombre du feu, éditions Rougerie, 1979 

 

 

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Accoudés aux balcons du soir
Nous contemplons la fuite
D’un monde en partie oublié
Les grandes forêts abattues
S’écoulent au rythme des fleuves
Et vont s’accumuler
Dans les barrages où le jour et la nuit dorment
Nous attendons d’autres saisons
Plus favorables où le fleuve
Fertilise la plaine
Le retour n’est pas prévisible
Même si le soleil appelle et crie
Pour arrêter ceux qui dépassent
Le rythme trop lent de la vie

 

 

extrait de Aux portes interdites, éditions Rougerie, 2005