5 poèmes

TROUVEUR

 

 

 

 

 

Dis-moi si tu aimes, comment va ton cœur

Devant le poème si tu vois ce qui est

Présent et caché sous son masque

Un naufragé volontaire

Dis-moi si tu aimes, comment va ton cœur

Sur une île de silence si tu regardes bien

Une paix à peine née

Un vieil enfant

Dis-moi si tu aimes, comment va ton cœur

Entre deux soupirs entends-tu

Les bruits du monde

Une mort annoncée

Dis-moi si tu aimes, comment va ton cœur

Poignée de grains dans la main du semeur

Dans le sillon de la plume

Ton contentement

Dis-moi si tu fais ton bonheur

D’un chant d’oiseau d’un vol de vent

Accroches-tu les étoiles

Dans le ciel de ta tête

Dis-moi si tu fais ton bonheur

D’un gémissement de moineau d’un cri d’enfant

Dans la poitrine d’un humain

Dans la cage de tes mains

Je te dirai alors le malheur des sans nom

L’aigreur de n’avoir pas

Un ami qui ne soit pas moi

Un trésor sur qui veiller

 

 

 

 

 

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POUR TE DIRE

 

 

 

 

 

Quand j’irai chez toi je sourirai

Et tu ouvriras grand ta porte quand

Seulement tu entendras ce que

Nous sommes vingt années de rêves

 

Je voudrai te dire que je t’aime

Mais tu es si loin, courageuse,

Les blés s’ouvrent à ma porte

Nous sommes vingt années de rêves

 

Tu grandiras aux bords abîmés de mon corps.

Forgé par les souvenirs un visage se noie

Une route au-dessus des nuages rouges

Nous sommes vingt années de rêves

Qui a dit que nous nous rencontrerons

Au milieu des pierres tu es l’oasis

Une route au-dessus des nuages rouges

Ton regard sur le mien et ces pensées sur mon corps

 

Tu sculpteras la colline aux vents qui s’offre

Et l’homme dit que sur la pierre il a soif

Son regard sur le tien et ces pensées sur ton corps

Une route au-dessus des nuages rouges

 

Les pierres des maisons ressemblent à tes mains

Tu es le soleil dans mes cheveux blancs

Et quand tu vois la neige s’éteindre

Tu dessines des soleils dans le gris des poèmes

 

Je prendrai le temps pour te dire

Nous nous élèverons en aéroplane

Tous au-dessus des villes ma ville bleue

Dessine des soleils dans le gris des poèmes

 

Nous prendrons le temps de vivre deux fois

Avec les pierres de l’amour, l’eau des collines

Une route au-dessus des nuages rouges

Dessine des soleils dans le gris des poèmes

 

 

 

 

 

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Oh ! La nuit est tombée sur Athènes ce matin !

 

 

 

 

 

Oh ! La nuit est tombée sur Athènes

Oh ! Pénélope et Ulysse ont de la peine

La déesse Liberté et le dieu Amour

Reverront-ils la lumière du jour ?

 

Télémaque l’enfant ne connaît pas les prétendants

Qui pour une poignée de dollars ont construit le néant

Et la parque endeuille le peuple des rues

Et l’humaine déchaussée reste nue

 

Qui a laissé faire les princes de la guerre

Qui a démoli la paix de cette terre

Qui a eu peur de dire le temps

Qui collabore avec les méchants

 

Oh ! La nuit est tombée sur Athènes ce matin

Et vraiment le peuple dort-il où le feu est éteint

Car l’ombre de la ruine guette les pays voisins

Qui ne se soucient ni des grecs ni du malin

 

Tant que nous irons au temple pour prier

Tant pour l’exemple les prêtres pourront voler

Et le pain des jours et la lumière à la nuit

S’en iront en fumée et sans bruit

Je n’ai pas fait mon service universitaire

Mais je sais pour mes enfants le besoin

D’avoir l’amour pour grand-frère

Et la liberté pour pain quotidien

 

Oh ! La nuit est tombée sur Athènes ce matin !

 

 

 

 

 

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DIHYA

 

 

 

 

 

Le vent dans son voile dénude ses rêves

Sa marche pressée est une fuite en avant

Car jamais sur cette Terre il n’y a de trêve

Jamais l’Arche ne délivre son désir d’enfant

 

La mer épique roule ses hanches d’écume

Dihya chante en elle pour ne pas pleurer

Les ruines où son cœur dormant est enterré

Dans les cendres chaudes des nuits d’amertume

 

Le souffle d’Éole la porte sur son aile

Je voudrais mais ne peux marcher avec elle

Sur le sol de mes étés je gémis blessé

Mes gardiens ont le visage noir fumée

L’eau salée de toutes les larmes de pluie

Laveront-elles toutes les blessures du jour

Dans le ciel rouge les étoiles brillent pour

La fin des fins blêmes tout au fond de la nuit

 

Dihya courbée sur sa marche franchit l’horizon

Le vent dans son voile lui chante une chanson

Berceuse pour celles qui sont déjà veuves

Et de guerre et de terribles épreuves

 

Le vent dans son voile dénude ses rêves

Sa marche pressée est une fuite en avant

Car jamais sur cette Terre il n’y a de trêve

Jamais l’Arche ne délivre son désir d’enfant

 

 

 

 

 

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LA FIANCÉE

 

 

 

 

 

Oui, j’ai rêvé que tu enlevais ton voile

Et ta chevelure jaillissait au soleil

Pendant que ta bouche rougissait vermeille

Ton nez éloquent toisait l’air vif sans pareil

 

Oui, j’ai rêvé que tu enlevais ton voile

Et tes yeux brillants reflétaient le ciel

À ton front pendait une mèche rebelle

Tes pommettes en sang roulaient pêle-mêle    

 

Oui, j’ai rêvé que tu enlevais ton voile

Et ton rire se confondait à mon rire

Nos bras s’ouvraient pour que l’un à l’autre s’offrir

Ne soit plus sans paroles pour jamais mourir

 

Oui, j’ai rêvé que tu enlevais ton voile

Et nous deux au soleil devant les étoiles

Dans l’Univers des solitudes banales

Nous dansions gaiement à notre premier bal

 

Oui, j’ai rêvé que tu enlevais ton voile

Soudain le ciel s’ouvrait et le tonnerre

Et les éclairs et le déluge sur la Terre

La pluie noire d’encre et de sang amers

 

Oui, j’ai rêvé que tu enlevais ton voile

L’orage déchirait ce morceau de toile

Et froissait ta parure originale

Dans une orgie d’injures dites par des vestales

 

Oui, j’ai rêvé que tu enlevais ton voile

Mais à mon réveil tu n’étais plus fiancée

Des humains en colère t’avaient frustrée

De mon vrai amour éternellement damné

 

Oui, j’ai rêvé que tu enlevais ton voile

Sur la place publique ils m’ont mis aux fers

Vaine est ma supplique aux bourreaux de l’Enfer

Le rêve est permis quand on vit sous la terre

 

Oui, j’ai rêvé que tu enlevais ton voile

Et ta chevelure jaillissait au soleil

Amoureux de vivre j’étais sans pareil

À boire à ta bouche le vin de la treille

 

Oui, j’ai rêvé que tu enlevais ton voile

Mais je marche dans le grand désert des humains

Couronne sur la tête une lyre à la main

Te délivre avec mon poème de vilain