Poèmes

 

Pour Mémoire
(extrait)

On voit mieux…

nos yeux scrutent  étreignent le velours de ce peu d'ombres nacrées   se parlent et nous  devinent  comme  un point de convergence lointaine   on songe la tangente horizontale croisant la verticale   ainsi s'éloigne un point de vue immergé dans la focale la plus douloureuse qu'il soit possible d'admettre   Darlinghissima...

fait  de  l'éloignement  la rançon  de  l'œil  et  sa  tourbe sempiternelle  clignant à l'affût du rab céleste  d'où la horde voisine touchant du feu la vie féconde  quand un   souvenir  vous  claque entre les doigts rameutant des restes d'os qu'on aurait laissé  se  dissoudre  dans  l'acide  de l'amour   mais qui ose détricoter   qui rogne l'anguleux     l'ineffable  est  un  jour  éloigné   et  sans  âme   comme  un  de  ces inoubliables concassements d'êtres ratiboisés la rencontre des oubliés  revenants  pas trop éloignés   viens à moi  dis-moi tout  Darlinghissima...

 

*

 

L’Autre Mort
(extrait)

Quand quelqu’un d’irremplaçable s’en va, son monde la suit…
Et vous êtes seul à la comprendre…

le monde  s'est tu  dans  la  gorge  qui  criait au loup   rien ne sera comme  j'avais prévu  qu'il  soit  avant  j'étais calfeutré dans la cohue du corps  ensablé de désirs inopinés et couvrants de miel  et si demain je foutais le camp ? le jour avancerait sa  langue du  jour  à  la  langue  morte  de  ma nuit passée  je désire ce qui ne va
 qu'à  l'envers  de  vous  j'aimerais  posséder  une  fois  la poussière  de  l'endroit
 d'où  je  suis né  disperser  sa  malle  d'air  ses pierres  ponces  que le ciel ondoie dans mes yeux fermés  même la présence d'océans vétustes  aux pieds des arbres
 disparaissent  aussi  une  bonne  fois  pour  toutes  je  dis ce que je suis  devenu 
 au  près  de  vous  le  disparu  apparent  qui  passe  sa  vie à refaire le monde qui n'existera pas...

 

*

 

Creuser
(extrait)

s’imaginer  parfois  quand  la  bouche  n’a  pas  d’issue    ni  d’écho valide  et ne  peut  pas  sortir  un  mot  en plus  de  ce  qui  a été énoncé  en aval  de  la  parole

quand bien même  le  souffle aurait une présence  un  esprit   un  caillé d’ombres

mais qu’est-ce  que  la taille  philosophique  d’une  révolte  sans  thème  quand il faudra  mettre  noir  sur blanc  à nu   le vide  juste  pour que la mémoire fasse du deuil et de la synthèse une idée ou même l’ode première…

tout poème  converge  en  dernier  ressort  dans  le  laminoir  du temps parce que quand on se met à penser  tout  recommence à filtrer dans le tamis du début de la fin   et  si on  voit  quelque  chose   c’est un paysage de derrière la chair que l’on s’imagine perdurer dans l’espace de devant…

 

*

 

La Question
(extrait)

 

voir ou revoir si la vie est un palier ou des marches à monter ou à descendre il ne manquent que les portes les verrous l'œil de bœuf la targette  la gâche rouillée un lieu d'avilissement de retraite un rectangle de ronces de doigts un lieu de vipères  d'écume sans bouches mais ce qui m'intrigue c'est l'avant du posthume  et l'après de l'avant du posthume presque le pendant n'est qu'un corps ou lune comme fruit mûr et inaccessible   sinon  la  migraine  de  feuilles agitées  par  un noir désir de convulsion ou procrastination   la mort est blanche...

 

*

 

Joutes
(extrait)

Proses vindicatives…

Il aimait sa sœur   sa sœur ne l'aimait pas   sa sœur savait  qu'ils  n'avaient  pas le même sang   il ne savait pas  que sa sœur savait   elle  savait  qu'il  ne  savait pas  qu'elle savait  qu'ils  n'avaient  le  même  sang   un  monde parfaitement  linéaire pour l'un  un monde déstructuré défait pour l'autre  s'ils avaient pu avoir le même sang ça aurait été différent  ils s'aimeraient comme frère et sœur  mais  l'un aime  l'autre  déteste   comment savoir  ce  qu'il  faut  pour  qu'il  soit  bon  pour  l'un et l'autre l'un aime parce que il " sent " d'aimer son sang  l'autre  la sœur n'aime pas parce  que  qu'elle " sent "  que  ce  n'est  pas  son  sang    la  sœur  probablement n'aime  personne   et  n'aimera  qu'elle-même  et encore  le frère  aime  autant les autres  que  lui-même      il  ne  sait  faire  que  ça    aimer   autrui     pour   aimer pacifiquement sans conditions au préalable  elle ne peut pas aimer  il lui manque un justificatif  avec  preuve à l'appui   elle aimera  si...  elle aimera...  à condition quelque chose de puissant lui noue l'esprit  quelque chose  qui ne vient pas d'elle même   disons qu'elle en  hérite par procuration  elle voudrait... lui veut tout  tout  lui fait ventre   amasse tout ce qu'il peut engranger…               l'amour l'allège…

 

 

***