Prions encore, c’est l’heure fabuleuse

 

Prions encore, c’est l’heure fabuleuse,
avant que disparaissent les mots de la nuit qui épuise la mort,
avant que reviennent les lueurs du jour
et ses ors      et ses discours      et ses mensonges

La ville déjà frémit et s’avilit dans une ardeur oublieuse
de la grâce. La ville ne te chante plus, elle travaille à sa perte !
tandis qu’une fille perdue, les mains jointes sur son sexe, travaille
dans une ruelle mal éclairée et prie la Vierge Marie

de lui donner la force de se donner aux pauvres, et
de leur pardonner, car ils sont faibles,
car ils ne savent pas ce qu’ils font, et
de leur apprendre, du cœur, la douceur qui répare,

d’apaiser leur corps qui ne retrouve la paix,
d’éteindre les feux destructeurs et d’allumer en eux celui
de qui cette fille élue se consume et survit.
Prions encore, car les eaux du jour vont éteindre la nuit.

Il ne sera plus temps d’errer alors au gré des longues rues.
Il ne sera plus temps de poser son regard sur l’arbre mort.
Il ne sera plus temps de croiser les yeux d’une contemplative.
L’affolement emportera les corps dans le broyeur des vanités.

 

extrait de L’attente de la tour, publication septembre 2013, éditions Ad Solem