Contre-Allées, revue de poésie contemporaine n°37-38

 

 

La revue d’Amandine Marembert et Romain Fustier ouvre ses pages à Serge Pey, avec sa « cartouchière / pleine de stylos et de gommes / pour dessiner le rire du monde/ qui ne s’efface pas ». Ainsi le saltimbanque du verbe rend hommage à Charlie, ce rire du monde, c’est tellement plus pertinent que toutes les fadaises qu’on a pu entendre sur la liberté d’expression. Car ces poèmes sont des tombeaux, à Maspero, à son copain Renato, à la chienne de son enfance, à Pierre Bec. L’art du tombeau est un art d’homme mûr (né en 1950), à l’âge où pour voir ses amis on regarde le gazon. Mais il n’y a qu’un vieux poète pour alléger la langue et l’oreille en parlant de ce sujet plus que jamais derrière le jargon managérial et technique. La mort, c’est une irruption, ça saute à l’esprit, au contraire de la fin de vie, le décès, la disparition, etc.

Quand mon copain est mort
j’ai pensé que tout le monde
était mort
(…)
La résurrection
est de cet ordre
dire à ceux qui se croient vivants
autour de nous
de ressusciter
mais pas dans les cimetières

De résurrection, Christine Bonduelle, parle à sa manière : # La voix muée de peu dénoue ma langue sèche / Redéploie toutes mes côtes au passge / Écarte mes mains en deux marches/ Pour la cascade d’hilarité… Lectures roboratives qui donnent leur importance au rire, au souffle dans cette période de dolente crispation.

 

Ainsi Thierry Le Pennec aventure sa prose poétique andante vers :

              …les quartiers mexicains fresque murales take care of the car à Downtown c’est le soir sidéral sur les vitres des parois les étranges sculpture les toiles de Rothko photos des années cinquante nous marchons

                       dans le présent le passé qui nous fit frères.

 

Mais encore ces Nuits de Marina Skalova (publiée dans nos colonnes, en bilingue allemand-français) :

un craquellement

sous la peau, la parole éclot

quand les pensées s’en vont
en vols d’oiseaux

 

Cécile Glasman a posé une question toute simple à Albane Gellé, Alain Guillard, Rémi Checchetto et Sylvie Dubec : à qui parle le poème ?

Cette dernière a répondu : Parfois j’invente un verbe pour m’aider à traverser la langue. / Et parvenir de l’autre côté du lointain.