DIÉRÈSE n° 65 (printemps-été 2015)

 

        Que retenir de cette copieuse livraison de presque 300 pages ? Tout d'abord que le premier cahier est consacré à la traduction (une cinquantaine de pages) de deux poètes, l'un de langue allemande, l'autre chinois du IXème siècle. On connaît le vieil adage, "Traduction, Trahison". Alain Fabre-Catalan qui traduit Georg Trakl, plutôt que de sombrer dans le lieu commun selon lequel traduire de la poésie serait une tâche impossible, s'emploie dans son introduction, à montrer que la difficulté de la traduction poétique est au contraire une chance, ou tout au moins, "le point d'appui" nécessaire à l'acte de traduire. C'est du moins ce que je veux comprendre. J'ignore si "le son et le sens se mêlent et se recomposent différemment avec la tonalité et l'unité d'une parole retrouvée" dans la traduction. Je ne le sais pas parce que je ne connais pas l'allemand dont Alain Fabre-Catalan se fait le traducteur à propos de Georg Trakl.

          Suivent trois cahiers de poèmes caractérisés par la diversité des voix. Impossible de rendre compte de toutes ! Mais il est sans doute permis de dire ses préférences : Max Alhau (pour son rapport à la nature qui demeure quelque peu énigmatique), Frédéric Chef (pour sa façon de revisiter le sonnet afin de mieux prendre au piège une certaine réalité), Line Szöllösi (pour sa manière de dire la solitude, le temps qui passe et on ne sait quelle nostalgie)…

          Suivent ensuite les parties Récits, Libres propos, Cinéma, Bonnes feuilles qui font de Diérèse une vraie revue au contenu varié… Les récits : La Voyageuse de Daniel Abel rappelle que la frontière entre le poème en prose et le récit est bien mince, voire fragile. Ce récit est d'ailleurs quasi-statique puisqu'il relate un rêve… Clair obscur (du même auteur) met en lumière les pouvoirs de la littérature quand la science historique est incapable de retranscrire la réalité… À quoi fait écho Soutine de Jean-Paul Bota, une façon originale de revisiter la vie et l'œuvre du peintre ; la fin du récit évoque l'enterrement de Soutine et le cimetière du Montparnasse à Paris. Ce qui est une bonne façon de passer aux Libres propos d'Étienne Ruhaud consacrés aux cimetières de Saint-Mandé-Nord et de Bagneux et plus particulièrement aux tombes des poètes… C'est ainsi que j'ai appris que mon ami Armand Olivennes reposait  dans ce dernier cimetière… La partie Bonnes feuilles n'est pas une compilation d'écrits choisis mais bien une suite de notes de lecture dues à seize auteurs et portant sur une quarantaine d'ouvrages. Diérèse paraissant trois fois l'an, c'est déjà beaucoup. Deux remarques s'imposent. La lecture personnelle de poètes personnels eux aussi donne naissance à des chroniques où l'on reconnaît l'auteur par les idées développées et/ou le vocabulaire choisi : je pense en particulier à Pierre Dhainaut parlant de Michèle Finck, je pense également à Max Alhau parlant de Denise Borias… et je ne cite que ceux dont j'ai lu plusieurs recueils… Et cette mise en abysse vertigineuse, originale…

           Diérèse est une revue à lire absolument (avec d'autres) si l'on veut avoir une connaissance complète du paysage poétique français...