La piscine, revue graphique et littéraire

 

Une nouvelle revue graphique et littéraire, la piscine, vient de naître à l'enseigne de La Cyprière à Montpellier. Elle est dirigée par la photographe et éditrice Louise Imagine. Philippe Castelneau, Christophe Sanchez et Alain Mouton sont également de cette aventure qui aime le mélange des genres, sans aucun enrobage discursif, à l'état d'écru.

" Nous souhaitons y faire circuler mots et images, textures et pigments. Réunir autour de ce beau projet les auteurs et artistes que nous aimons, dont nous suivons le travail et partageons la sensibilité. Une envie commune, issue d'un même élan, à la fois ambitieux et sincère.", écrit Louise Imagine dans le premier édito de la revue présentée en deux parties tête bêche, une en noir et blanc l'autre en couleurs. Auteur du second édito à l'autre bout du grand bain, Christophe Sanchez précise les intentions du projet : " construire une revue élégante avec du contenu reflétant une création contemporaine dans sa diversité... Bref, créant du beau. Et on a toujours besoin de beau, c'est un état d'urgence permanent."

Ce numéro zéro de la piscine est dédié à l'écrivain de théâtre Emmanuel Darley disparu au mois de janvier 2016. Avec son dos carré cousu, sa mise en page raffinée et son impression sur papier ivoiré de 120g, il est un objet proche du livre d'art. Un régal pour l'œil en même temps qu'un régal pour l'âme. Et c'est bien de diversité dont il s'agit. Des poèmes brefs, caustiques ou plus joyeux, ( Guillaume Siaudeau, Thierry Radière, Perrin Langda, Azilys de Nowhere, Isabelle Bonat-Luciani...), côtoient des récits qui prennent le temps du méandre sous l'horizon (Benoit Jeantet, Antonin Crenn, Marie-Josée Desvignes, Emeline Bravo, Antoine Maine...). Les images de Louise Imagine, Melania Avanzato, Laurie-Anne Romagne, Sophie Rousseau, Alice Santini, Guillaume Estève, Hélène Desplechin, Tom Rousselon...) ne sont évidemment pas des faire-valoir illustratifs. Elles entretiennent avec les mots des liens et des conciliabules à l'unisson ou en rupture, selon leur fantaisie propre, et disent l'universel singulier de la fragilité humaine en son infinie palette de sentiments.

Les thématiques abordées sont essentiellement aquatiques. L'eau de la piscine rejoint le lit des rivières (au nombre de cinq à Montpellier) et continue sa course jusqu'au littoral à quelques encablures avant d'affronter les grands espaces du large. Mais nos quatre maîtres-nageurs n'ont pas l'intention de limiter leurs explorations aux marges carrelées des bassins, aux rivages battus par les marées. Le thème de l'âme des lieux sans âme sera proposé avec un appel à textes et à images pour le numéro 1 qui devrait paraître en octobre.

L'enseigne de La Cyprière souhaite aussi favoriser des projets d'édition physique et numérique, organiser des expositions, au format grand angle, qui accueilleront aussi bien des inconnus que des créateurs déjà confirmés. Dans l'état d'urgence permanent du beau. Dans une circulation ouverte à tous les vents.

 

Extraits :

Une bonne grosse pluie qui achève le passé, qui astique les cadavres, qui remet tout au niveau de la boue. Bourrasques et roulements de tambour. L'eau qui tait les mensonges. Qui capote le jour. Ferme sa gueule au paysage. Thomas Vinau

Dans ton ventre déjà je maudis. J'ai la haine pendue au cordon, je secoue les membranes, ne veux pas entendre le père qui hurle et la guerre menacer. Je veux rester en eau pour toujours, oreilles en branchies, je ne veux plus écouter la rumeur sourde du monde. Je veux me recroqueviller, ne pas sortir, rester en chien de fusil pour ne pas connaître les balles assassines. Christophe Sanchez

C'était un pays de grande fatigue
Où des brumes étaient si lentes à se lever
Que ceux d'ici ne voyaient que très tard
Un paysage déjà changé
L'été
Ils parlaient toujours
Avec un fort accent de lumière
Il nous restait
Que très peu d'enfance
A ce moment-là
Nos châteaux n'étaient plus imprenables
Et les affluents d'un âge
Avaient pris naissance
Au bord de nos yeux. Louis Raoul
Je devais avoir 8 ans.
On est allé à la piscine
avec la classe
TOUTE la classe.
Dans le même vestiaire.
Tout le monde tout nu.
Le Monde Entier Tout Nu, & moi au milieu.
J'avais tellement pas envie d'être là
que j'ai gardé ma culotte sous mon maillot de bain.
On est arrivés au bord du grand bain.
La maîtresse m'a regardée,
les copains de classe m'ont regardée,
le maître nageur m'a regardée.
J'aurais bien couru, mais c'est interdit de courir au bord de la piscine.
J'étais toute petite.
Je veux dire, plus petite encore.
Plus petite, c'était pas possible.
Plus petite, c'était rien, ça n'existait pas.
La honte, c'est comme le vélo.
Ca ne s'oublie pas. Olivia Del Proposto