le journal des poètes, 3, 2014, 83ème année

par : Eze Baoulé

 

L'équipée du journal des poètes, composée par Yves Namur et ses fidèles compagnons belges Lucien Noullez, Marc Dugardin ou Jean-Marie Corbusier offre en son n°3 de l'année 2014 un éditorial signé Jean-Luc Wauthier, dont nous avons récemment remonté le cours de son dernier magnifique opus Sur les aiguilles du temps.

Cet éditorial annonce le bel entretien accordé par Jean-Marc Sourdillon au sujet de l'édition de la Pléiade de Philippe Jaccottet, et permet à Wauthier de poser la question fondamentale : y a-t-il des poètes démodés ? A travers cette question, nous percevons le sous-entendu : la poésie peut-elle appartenir, en son essence, à la mode, c'est-à-dire au temps social de la surface ?

Nous entendons la voix de René Char lorsqu'il pense à Rimbaud : "Tes dix-huit ans réfractaires à l'amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris".

Poètes démodés il ne peut y avoir car tout poète véritable s'inscrit dans un autre temps que le temps social, et s'il inscrit son œuvre par rapport à ce temps, alors est-il poète ?

Jean-Marc Sourdillon, qui a participé au volume de la Pléiade réunissant les œuvres complètes de Jaccottet, nous ouvre des voix de compréhension sur la démarche du poète suisse. Entretien de fond, passionnant. Il nous explique la démarche en profondeur de Jaccottet, son originalité, ce en quoi il apporte à la poésie, sa méthode de travail, ce qui le distingue de toute la poésie de son époque.

Nous trouverons ensuite la partie nommée Paroles en archipel, titre emprunté à René Char, au sein de laquelle les voix de Christian Poirier, de Gérard Smyth, d'Eric Piette, d'Ilia Galan se distinguent avec bonheur.

Avant de laisser la place à une Voix nouvelle, celle de Thomas Demoulin, poète vivant à Lille et donnant à lire le premier mouvement d'un livre d'artiste composé avec Isabelle Raviolo.

La part belle est faite, dans cette nouvelle mouture de la revue, aux notes de lectures de livres de poésie, et nous retrouvons l'œil critique de Philippe Leuckx, d'Yves Namur, de Marc Dugardin, de Jean-Marie Corbusier, oeil critique et néanmoins bienveillant.

Grand plaisir donc de lire ce journal des poètes, tant la famille qui l'anime respire la fraternité et la joie d'être ensemble, pour le poème, pour les poètes. Et merci au Taillis pré de l'avoir pris sous son aile.