Passage en revues. Autour de Résonance générale n° 6, automne 2013

6e opus de Résonance générale, revue emmenée par Serge Martin, Laurent Mourey et Philippe Païni, tous activistes du poème et de la poésie, et poètes que les lecteurs de Recours au Poème connaissent ou retrouveront sous peu dans nos pages. C’est aussi le cas d’une partie des poètes dont le nom est inscrit au fronton de ce volume, ainsi Antoine Emaz, Fabrice Farre ou Laura Vasquez, poètes que l’on lira aussi dans nos pages. C’est donc en territoire proche que nous plongeons les yeux. D’autant qu’un autre point commun rapproche incontestablement Résonance générale et Recours au Poème : celui de penser la poésie dans un contexte d’urgence. Les noms des deux revues parlent d’eux-mêmes. Là comme ici, la poésie et le poème sont pris au sérieux, et leur fonction profondément révolutionnaire est affirmée.

Du contenu de la revue, je ne dirai que peu, préférant évoquer ce que cette générale fait résonner en moi. La revue, on la lira, et la lisant on entrera sur un ce chemin dont je veux ici parler.

Où tu bouges je vois le poème, tel est le « thème » de ce numéro. Cela commence par un manifeste continué, dans lequel les poètes / animateurs de Résonance générale posent un des problèmes fondamentaux de notre temps, problème auquel la poésie et les poètes ont, de notre point de vue, le devoir humain et poétique (mais ce sont mêmes mots) de résister. Le poète est par sa nature même un combattant, un guerrier, un chevalier parfois un tantinet aristocrate. En un mot, le poète est un révolutionnaire (car la vie poétique est agir révolutionnaire par nature) qui a les yeux et l’âme entièrement tournés vers le Poème. Bien sûr, les acteurs de Résonance générale ne se reconnaîtront pas entièrement dans les mots qui précèdent, ce n’est pas grave, tout est ici question d’angle. Et cet angle, ici, nous convient : « Ils disent ça bouge. Certains ajoutent trop et d’autres pas assez. En experts, ils observent, décrivent, analysent et pérorent, abjurent et conjurent. Le bougisme fait bien l’affaire du conservatisme et ce dernier l’affaire de ceux qui n’ont qu’un mot à la bouche : s’adapter au contemporain, aux flux qui comptent. Jeu de balles. Ils aiment se la renvoyer et, pendant ce temps, ça tourne. Les affaires. Petites ou grandes. Juteuses toujours. Et si non, alors ils changent de sens sans perdre le nord. Bref, rien ne bouge quand ça bouge ». Heureux sont les acteurs de Recours au Poème de constater l’influence de ce penseur qui nous est cher, Pïerre-André Taguieff, PAT pour les amis, et de son concept de « bougisme ». Heureux aussi de constater qu’en certains endroits, encore trop rares mais auxquels nous nous flattons d’appartenir, le monde de la poésie recommence à penser.  Et penser aujourd’hui, cela conduit à constater qu’il y a de nouveau de l’inhumain en nous et face à nous, de l’inhumain proprement totalitaire, cet inhumain qui « bouge » et qu’ici nous analysons sous le vocable d’immédiat. La machine dans laquelle nous sommes plongés tente de faire de nous des êtres plus immédiats et agités que l’humain. Comment ce dernier ne… pèterait-il pas un câble ? Nous semblons « destinés » à devenir des homocodebarrus, à moins que nous conservions l’œil fixé sur cette étoile merveilleuse et flamboyante qu’est le Poème. Cela, en proximité de Résonance générale, ce contemporain mécanique, nous le refusons intégralement.

Pour cette simple et belle raison que nous voulons vivre intégralement.

Et nous n’aspirons qu’à une sorte d’immédiat, celui de l’implosion concrète, immédiatement, de Das System dans lequel le soft totalitarisme mécanique vise à nous entraîner. Qu’il meurt, ses ruines seront de toute beauté.

Nous ne sommes que des poètes, rien ou si peu, une espèce de tiers-état contemporain. C’est pourquoi nous agissons en pleine conscience de la responsabilité qui aujourd’hui pèse sur nos épaules : celle de conduire la transformation du monde.

Que la beauté l’orne.

Le Poème, Résonance générale le voit, au-delà du bougisme. Et nous, nous le regardons tandis qu’il nous regarde.

 

Résonance générale n° 6.
Revue semestrielle.
Adresse : Serge Martin. 35 chemin de l’Arc. 14000 Caen.
resonancegenerale@laposte.net

ou : serge.martin@unicaen.fr

Blog : revue-resonancegenerale.blogspot.com
Abonnement : 20 euros
Un numéro : 12 euros.
La revue est éditée par L’Atelier du Grand Tétras.