Saraswati, revue de poésie, d'art et de réflexion, n°13

 

Le travail mené par Silvaine Arabo est de passion et de don de soi. Il est totalement voué au Poème, à travers tout ce que ce mot contient de capacité constructive. Par le Poème, Silvaine Arabo, ancienne directrice de feu les éditions de l'Atlantique, qui éditèrent par exemple Michel Host ou les traductions de Claude Mourthé, entend la peinture, la sculpture, les poèmes, mais aussi les animaux et tout ce que la vie contient de palpitation et de sacré.

La revue Saraswati, fort bel objet, vient de faire paraître, sous la direction de la poétesse Silvaine Arabo, son treizième numéro. Nombre symbolique, s'articulant autour du thème - hasard objectif ? - des portes et des seuils.

Ce beau n° rassemble 36 auteurs, et nous aurons plaisir à lire Michel Butor, Michel Cosem, Georges Cathalo, Jean-Claude Albert Coiffard, Bernard Grasset, Anne Julien, Claude Mourthé ou Luis Mizon.

Après un éditorial enjoué signé Arabo, nous entrons dans ce treizième arcane par le passionnant texte de Christian Monginot, méditant sur la notion de porte et de seuil à travers l'oeuvre de Dante. Un texte qui rend plus intelligent.

Puis, la porte des poèmes s'ouvre, et c'est avec un grand contentement que nous lisons la voix d'Eliane Biedermann :

 

 

Le poète pélerin
poursuit son voyage aux origines
dans la transparence des jours

Le miroir des feuilles
lui renvoie une image
où l'amertume se défait
devant l'or et la soie de l'automne

Au seuil d'une église d'enfance
une musique d'orgue
allume dans le soir
une nuée d'étoiles
qui berce les défunts

 

 

ou celle de Georges Friedenkraft, ramassée en haïkis :

 

 

La nuit serpentine
louvoie dans l'encre des songes
entre chien et loup

*

S'endort en héron,
se coule en un lit de plumes,
se réveille femme

 

ou celle, interrogative en son histoire de coeur, d'Anne Julien :

 

 

quelqu'un qui marche et trébuche
des pièces et des couloirs
portes rideaux tentures flap flap
une main qui écarte les lanières en plastique et colorées
un poisson moribond
des langues alternatives
un embryon-cadavre
une biche
des froides tapisseries des cavernes et des sombres
toc toc toc
le coeur est-il ouvert ?

 

 

Un entretien spécial occupe le centre de la revue, celui donné par le peintre Josef Ciesla, assorti de belles reproductions pleine page de ses toiles et sculptures. Un parcours, une essence, une vie, ayant pénétré le grand seuil.

A ces images de couleurs répondent les superbes sculptures de Sylviane Bernardini, interrogeant l'essence du féminin, Porte par excellence, accompagnées des poèmes de Laurent Bayart.

Il y a aussi place pour les beaux dessins de Claudine Goux, essaimant sa parole silencieuse entre les images de mots des poètes, telles celles proposées par Hélène Vidal :

 

La terre baisse pavillon pour laisser entrer
dans Etretat
la mer
ses vertiges
ses verts
l'intangible sillage
entravé dans la gorge
La liberté se pend au bout     du bout       des vents.

 

 

Vous avez pris votre temps, chère Silvaine Arabo, ainsi que vous le dites dans votre éditorial, pour orchestrer ce treizième n°.
La lenteur possède la vertu de l'excellence, lorsqu'elle est orientée par une vision.
Que la même vision qui présida à l'existence de ce beau numéro commande aux travaux à venir.

 

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