Le rêve que je fis ...

 

 

Le rêve que je fis la veille du 58ème anniversaire de mon père

 

Ma misère mon marin vagabond
Je ne pouvais y croire
Toi et moi ensemble en voyage
Après toutes ces années
sur un train à grande vitesse

Mais tu descendis à cet arrêt
Prétextant un besoin de cigarettes
Pour ne jamais remonter

J'étais assise tout à l'avant du train
De là je pouvais voir le conducteur
qui semblait ennuyé que je l'observe
Il avait un grand tigre du Bengale dans sa cabine
Il s'appuyait au flanc de l'animal
L'une de ses jambes reposait sur un banc
Couvert de peau de tigre jaune

Un jeune Marocain vint s'asseoir à mes côtés
De ses longs doigts tremblants
Il toucha le collier que je portais
Je le retirai
Pour ne jamais le récupérer

Quelques perles ovales d'un bleu ciel
Quelques liens d'or fins
Un bout de cordon de cuir noir
Un bout de lacet bleu passé
Un gros camée ancien
Il aimait cet assemblage de misères

Je dis : "Je vais te le donner
A condition de garder le camée."
Il hocha la tête

Je retirai le camée de corail cramoisi
J'en ouvris le cœur pour lui montrer l'intérieur
Il semblait  usé, taché
Il hocha la tête

Une jeune Marocaine vint parler rapidement au garçon
Il tira un gros et lourd bracelet de bronze de son sac
Et ne l'y remit jamais
Il semblait aussi large qu'une boîte à pilules indienne
Orné de petites perles rouges
Il claqua autour de mon poignet
Comme une armure

Sa mère vit mon alliance
Briller dans un perfide rayon de soleil
Elle roula des yeux et poussant un hurlement strident
Elle s'enfuit et ne revint jamais

Je demandai au garçon :  "Où est ta place ?"
Il dit : "Tout à l'arrière du train";
Je l'y suivis
Et ne retournai jamais à ma place.

Il n'y avait pas de sièges confortables comme à l'avant
Rien que de larges bancs d'écolier
Avec des encriers renversés qui roulaient dessus
De petits sièges en bois tout autour
Soudain il dit ; “C'est mieux que le sexe
Etudier, c'est mieux que le sexe."
Je hochai la tête.

 

 

Traduit de l'anglais par Marilyne Bertoncini, avec l'aide de l'auteur.