Poèmes

 

Lettre d'un soldat

 

 

 

Sur un sol nauséabond
Je t'écris ces quelques mots
Je vais bien, ne t'en fais pas
Il me tarde, le repos.
Le soleil toujours se lève
Mais jamais je ne le vois
Le noir habite mes rêves
Mais je vais bien, ne t'en fais pas …

Les étoiles ne brillent plus
Elles ont filé au coin d'une rue,
Le vent qui était mon ami
Aujourd'hui, je le maudis.

Mais je vais bien, ne t'en fais pas …

Le sang coule sur ma joue
Une larme de nous
Il fait si froid sur ce sol
Je suis seul, je décolle.

Mais je vais bien, ne t'en fais pas …

Sur un sol nauséabond
J'ai écrit ces quelques mots
Je sais qu'ils te parviendront
Pour t'annoncer mon repos.

Je suis bien, ne t'en fais pas … 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

La Vieille 

 

 

 

Elle est ici « La Vieille »
Assise sur ce banc
Là, au fond du parc
Comme hier, comme toujours
Comme demain.
Des pigeons pour seuls amis
Lui font la conversation
Comme hier, comme toujours
Comme demain.
Elle est bien seule
« La Vieille »,
Personne ne pense à elle
« La Vieille ».
Elle pourrait bien
Mourir demain
Qui sera là pour lui tenir
La main ?
Elle est si seule
« La Vieille ».

 

Elle pense et repense
Au bon vieux temps
A l’insouciance, aux fleurs des champs
A son enfance,
Comme hier, comme toujours
Comme demain.
Le soleil s’est éteint
Les pigeons se sont fait la malle
Elle n’est plus là
« La Vieille »,
Elle n’a plus mal … 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

À l’ombre du cerisier

 

 

 

 

La terre pleure
Le souvenir de tes pas
Que tes semelles ont
Trop souvent foulé.
Le cerisier
Ne fleurit pas,
Il n’est plus là
Depuis tant d’années.

 

Le chapeau de paille
Accroché dans la grange
Se repose à jamais.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Champ de bataille

 

 

 

L’herbe foulée
Par trop de va et viens
Se teinte de foncé.
Le bruit des grenades
Dégoupillées
Résonnent dans la plaine.
Des habits rongés
Par les mites
Froissent la peau
De ces hommes.

 

Des douilles caressent
Le sol
Où dorment des buissons
En fils barbelés.

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Dans la grange

 

 

 

Chaussures accrochées
Dans la grange
Où dort le maïs
Qui sèche.
Il fait si noir.
La lumière
Du dehors
Ne rentre plus
Depuis très longtemps.
Trop longtemps …
La grange est vide
Et les silences
Sont lourds.
J’entends encore
Tes pas fouler
La poussière,
J’attends ton retour. 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Rafistolage

 

 

 

 

Le filet de la nuit
Se déchire dans le ciel.
Maille après maille,
Les étoiles le rafistole.
Astre à astre
La lune se reflète
Et s'étire.
Chaque jour
Passe et passe sans fin.

La toile de la nuit
Se noircit, pour n'être
Plus qu'un point,
Plus rien.

La nuit effiloche
Ses contours
Qui se raccommodent
Au fil du temps.