La quête infinie de l’autre rive –chant II (extrait)

 

Le miraculé un beau jour
s’en revint au pays
son astrolabe à la main
Sans hâte il conduisit
sa chagrine personne au palais
Négligeant de se prosterner
et d’empoussiérer les rares paillets
qui coiffaient son crâne il débita :
Mansa c’est en pleine mer
que nous avons connu notre destin
Tous mes chers compagnons
(ils étaient six mille courages
Ils étaient six mille radiances)
furent pris dans un courant marin
large et définitif comme un Djoliba
que gonflent les pluies de saison
Las qu’advint-il de vos équipages…
quel gouffre les dévora…
Furent-ils sait-on jamais
emportés jusquà l’autre rive…
Haute était la vague
et plus haute encore l’espérance
Un reflux soudain
et notre navire s’efflotta
qui par extraordinaire
était en queue de convoi
Mon corps survécut
(Dieu seul sait du pourquoi le comment)
mais ne cherchez point le reste de moi :
ma spongieuse d’âme est boulée sans séjour
aux mornes arènes du souvenir
et mon double ploie
sous le fardeau du vide