Temps de Déluge

 

Ah ! Qu’il est beau d’écrire des poèmes sur son île
Où n’accoste jamais personne
Seul comme cette statue du Cristo Redentor sur le mont
Corcovado ouvrant les bras au monde !

Mais sur la plage, en bas, les gens à demi-nus
Ont d’autre chats à fouetter que de consacrer leurs pensées
Aux vers minables de ton minable évangile !
Plaisir des corps de bronze où tant de mains s‘égarent

Désir violents crimes dépourvus de remords cocaïne
Ruisselant comme neige sur les favelas
D’ici l’on aperçoit distinctement se ruer en tous sens
Des torrents d’automobiles dont les vitres lancent des éclairs

Déluge de ce qu’on appelle “les temps modernes” !
Voici la pluie universelle et inlassable des objets
Des immeubles de containers sillonnent tous les océans
Des ports aux grues gigantesques chargent déchargent sans fin

Tandis que toi seul sur ton île tu fabriques des poèmes
(L’occupation pour des milliards d’humains la plus inutile qui soit !)
En rêvant de Bonheur d’Amour de Justice de Vérité
Ridicule – les bras ouverts comme le Cristo Redentor -

À bâtir ta maigre Arche de livres contre le Déluge
Comme si quoi que ce soit pouvait être sauvé !