La Traductière, Revue internationale de poésie et art visuel, n°39

La Traductière est née après le Festival de poésie franco-anglais de poésie, en 1983. Sa création répondait à l'époque à la nécessité de garder une trace du travail effectué dans le cadre du Festival. Créée par Jacques Rancourt, elle est aujourd'hui dirigée par Linda Maria Baros.

Un dossier, pour ce numéro, une anthologie de poésie de la jeune génération ukrainienne, et des rubriques, Nouvelle donne, qui fait écho à l'édito de Linda Maria Baros, Nouvelle vague, anthologie I, et Image génération.

Ce dossier consacré à la jeune poésie ukrainienne, présenté par Linda Maria Baros et Volodymyr Danylenko propose au lecteur de découvrir des visages, car chaque poète est présenté grâce à une biographie et une photo avant que le lecteur puisse lire ses poèmes. 

Pour ce qui est de la Nouvelle donne, une vingtaine de poète internationaux sont présentés, de la même manière que les précédents auteurs. Des noms connus comme Max Alhau ou Brigitte Gyr côtoient d'autres poètes que nous découvrons avec plaisir. 

L'avancée de ces rubriques est scandée par des photos d'œuvres de Dan Gavris, plasticien que nous découvrons à la fin de la publication, car pour ce numéro il occupe la rubrique Image Génération, qui fait suite aux quelques voix proposée pour illustrer la Nouvelle vague, rubrique qui se présente comme une Anthologie dont il s'agit de la première partie. 

La Traductière, Revue internationale de poésie et art visuel, n°39, 2022, 167 pages, 20 €.

Cette revue annuelle est un véritable lieu où il est permis de découvrir des voix poétiques innombrables, de tous les horizons, ou de retrouver des voix connues. C'est également un lieu d'échange et de passage, d'un univers à l'autre, bien entendu, mais aussi et surtout d'une langue à l'autre. Car si nous pouvons lire ces poètes ukrainiens, allemands, japonais, américains, anglais, italiens, et venant de tant d'autres endroits de la planète, c'est grâce au travail de la langue sur la langue, du texte sur le texte, de la parole du poète vers la parole du poète. Don précieux et source de ce partage de l'insondable richesse que nous portons tous, la poésie. 




Possibles N°27 – Où va la littérature ?

Où va la littérature ? La quatrième de couverture de la revue trimestrielle, rédigée par Pierre Perrin, en trace la perspective, assez désenchantée : « L’étude de l’âme humaine par introspection, qui faisait le fond de la littérature, est dévastée ; l’histoire qui bégaie, balayée. L’urgence fait la turlutte au nombril. Alors que le sexe par nature est sans mémoire, la notion de genre ameute des cohortes aveugles. L’indécision turlupine. Pire, des religions rechaussent leurs œillères. Attentat ou pas, c’est marche arrière toute. Quelle que soit la radicalité des convictions, quelle réussite solde une existence ?

Le superficiel irradie. L’argent au pinacle, le consumérisme partout, la déprime jusque dans les doigts de pied, la majorité des Européens privilégie les conséquences aux causes. Un bien-être de pacotille ouvre un nirvana. À sa poursuite, beaucoup titubent – une vraie course en sac. Le secret de vivre se meurt. La raison du désastre paraît encore la meilleure. »

Reprenant, à juste titre, dans son article « Dissipation du goût », les réflexions mêlées de Marcel Duchamp, « Le grand ennemi de l’art, c’est le bon goût. », 1917, et de Marcel Proust, « Snobisme : interruption momentanée de l’exercice du goût. », 1918, Pierre Perrin trouve une formule en dialogue avec les deux citations pour conclure sur la leçon amère à retirer de cet état des lieux déceptif : « Depuis un siècle, en Occident, l’art purge une peine de snobisme à perpétuité. » Pour mieux annoncer ce constat critique, Marilyne Bertoncini ancre sa réflexion, quant à elle, à partir de la publication en 2021 de la traduction par Martial Doré d’un pamphlet de George Orwell dont la pensée comme le titre laisse songeur : Comment meurt la littérature : tableau à la fois dystopique et prospectif : « Dans un futur lointain, nous apprendrons peut-être à dissocier la création littéraire de l’honnêteté intellectuelle.

Possibles N°27 – Où va la littérature ? – Mars 2023 – 16 euros.

Pour l’heure nous savons seulement que l’imagination, tout comme certains animaux sauvages, n’est pas féconde en captivité. Tout écrivain ou journaliste qui nie cela appelle, en réalité, à sa propre destruction. » La poète et traductrice prolonge ainsi la question de l’auteur de 1984, en partage l’inquiétude dans son usage parfois perverti de la technique au détriment, justement, du jugement de goût : « Vers un naufrage de la littérature ? » s’interroge-t-elle au début de son essai de bilan en toute lucidité…

L’écrivain Laurence Biava se demande également dans « Mes convictions » : « Où va la littérature ? », et sa propre réponse se fait critique de la loi médiatique du marché de la littérature : « Ailleurs, en tout cas que sur les trajectoires empruntées par la mafia qu’est devenue le ventripotent milieu de l’édition. » Yves Marchand dans sa distinction amusée entre « Littérature et Littéracrotte » constate de manière analogue : « Ce n’est pas la littérature qui est en déclin. C’est sa diffusion. La littérature continue d’exister. » ; il invoque alors comment le relais des réseaux sociaux, à l’accueil du pire comme du meilleur, peut s’interpréter comme une recréation des « cercles littéraires qui ont depuis des siècles enrichi la littérature française. » Encore plus nuancée, Marilyne Bertoncini redoute un « troisième écueil » dans la recherche du succès quand il apparaît au comble de  l’ignorance de la « justesse » si ténue du poème : « La technologie numérique est un excellent soutien à cette démarche, et un grand souci pour la survie de la Littérature et de la poésie, noyées sous un excès d’informations dans le grand bain médiatique, qui ne permet plus d’entendre le petit son émis, comme par le diapason, lorsqu’un texte sonne « juste ». »  

À son tour, Marie-Josée Christien rappelle le rôle précieux des revues dans cette quête du mot précis, dans sa contribution : « Revues de poésie : vers l’extinction des feux ? » : « Les revues sont pourtant un outil incomparable pour notre réflexion et nos connaissances, un lieu sans équivalent pour donner à lire nos textes et nous constituer un lectorat. / Assisterons-nous à l’extinction des feux ? Ou aurons-nous assez de courage pour souffler sur les braises afin de rallumer la flamme ? » Ultimes éclats de ce feu jamais totalement éteint, les poèmes en prose ou en vers de Richard Taillefer, Élisabeth Loussaut, André Ughetto, Carmen Pennarun ou Christophe Forgeot ne manquent ni de cette élégance ni de cette exactitude si recherchées… Signes comme les deux notes de lecture qui clotûrent ce numéro printanier que la revue Possibles peut se targuer d’opposer réflexions critiques et joyaux poétiques à la négligence, à la paresse, si ce n’est à la mollesse des productions d’une « littérature sans estomac » selon l’ouverture de Jean-Michel Delacomptée, adepte des portraits littéraires : « Le point central de toute l’affaire reste le rapport à la langue, au style. Cultiver l’art du portrait est une réponse, pas la seule, au déclin de l’exigence. La résistance prend des visages divers. Celui de la revue Possibles par exemple. »




Verso de printemps : Ombre et lumière !

Verso 192, le numéro de mars 2023, Ombre et lumière, est une belle revue de format A4, de 124 pages. Cet opus, beige foncé, fidèle à sa charte graphique,  offre une couverture sobre et polyphonique : jeu avec la typographie, jeu discursif entre les mots de l'appareil tutélaire et la photo d'Alain Wexler, Place du tapis. Le ton est donné : sobriété de la présentation, foisonnement sémantique des contenus. 

Verso a été fondée en avril 1977 par Claude Seyve et Alain Wexler. Depuis le premier numéro bien des choses ont changé sauf ceci, la sobriété et la densité des rubriques proposées. Pour ce numéro une pléiade de poètes : Marie-Laure Adam, Eric Jouanneau, Patrick argenté, Véronique Joyaux, Béatrice Aupetit, Christine Laurant, Bernard Barthuet, Antoine Leprette, Guillaume Basquin, Yoann Lévêque, Vincent Boumard, Samuel Martin-Boche, Jeanne Champel-Grenier, Mermed, Patrick Chouissa, Mathieu Piroud, Silvère Cordin, Chantal Robillard, Jean-Michel Couturier, Luc-André Sagne, François Déron, Salsac, Chamsidine Djamil, William Shakespeare, Ludovic Elzéa, Anne Son, Maria Giorgiou-Francou, Line Szöllösi, Willem Hardouin, Patrick Werstink, Isalti.

Variété, curiosité, multiplicité des cultures et des voix poétiques, en un mot foisonnement de textes publiés sans autres accompagnement que le nom de leur auteur, et le titre de l'ensemble.  Rien ne perturbe donc l'ensemble publié, tout favorise la puissance de la découverte. les auteurs sont présentés à part, de manière succincte,  dans une rubrique spécifique, la "Note sur les auteurs". 

Revue Verso n°192, mars 2023, Ombre et lumière, 124 pages, 6 €.

Un prologue signé Alain Wexler ouvre la revue et présente l'ensemble des textes "comme si un appel à thème avait été lancé et se poursuivait dans un prologue. C’est un méta-texte où je combine des idées relatives au titre et des extraits des textes publiés. Le produit obtenu tend vers un texte autonome. Il doit en théorie montrer une forte unité. Le lecteur ne devra pas s’étonner si des petites scènes de la vie courante s’y glissent. Non sans rapport avec les textes publiés ! Le sel de la revue !"1

Les Lectures de Valérie Canat de Chizy et d'Alain Wexler, En salade, la revue des revues par Christian Degoutte, une Chronique de Pierre Mironier, un Entretien mené par Carole Mesrobian, ponctuent cet ensemble dense et dédié à la poésie, entièrement, inconditionnellement, depuis 46 ans ! Bravo à Alain Wexler qui a tenu ferme et haut cette belle revue Verso.

 

Note

  1. Entretien avec Alain Wexler sur Recours au poème, https://www.recoursaupoeme.fr/alain-wexler-nous-parle-de-la-revue-verso/




Revue Cairns n°32

« un poseur de grillage / ruminait son chômage / un soir en buvant sa bière / il inventa les frontières / tellement il grillageait / qu’il n’eût plus aucun congé » : en guise d’édito, la revue littéraire et pédagogique Cairns 32 met à l’honneur la thématique du 25ème Printemps des poètes : « Frontières ». Ces quelques vers disent avec justesse tant l’enfer quotidien que la multiplication des carcans que nous n’aurions de cesse de bâtir. Frontières omniprésentes, frontières à l’assaut de l’ « espace du dedans », frontières à braver peut-être pour libérer ainsi notre « lointain intérieur », pour reprendre les formules d’Henri Michaux qui déjà traçaient d’autres contours à notre géographie intime, imagination d’un horizon plus grand que les regards ne sauraient embrasser dans leur immensité…

De l’écriture sous l’influence de la forme brève du haïku sous la plume de Georges Friedenkraft à ce souhait peut-être partagé de « réinventer la lumière » au fil de l’itinérance dans l’extrait de Sur le rivage, Écho Optique d’Alain Boudet, les formes poétiques se multiplient pour explorer ce thème. Au cœur des périples de toute l’humanité depuis le mythe fondateur d’Ulysse, ces textes sont accompagnés de clairvoyantes pistes pédagogiques en autant d’invitations à lire, à écrire, à réécrire ses propres poèmes, à redécouvrir des documents, des photographies, des œuvres maîtresses, à recourir à ses véritables ressources de créativité. Nous interrogerons mieux ainsi chacun, quelle que soit la tranche d’âge, notre rapport au monde à travers ce thème-clé dans tous ces registres de nuances : épique, tragique, lyrique…

            Certains distiques parmi les contributions de la revue comme ceux rédigés par Michaël Gluck, Sur l’autre rive, résonnent chez le lecteur en vœu secret d’être dans ce rôle de passeur, de passage, de passerelle qui fait la grandeur de la poésie, des traces qui font rêver : « tu vas tu viens / tu ne sais // de quel côté du mur / s’adosse ta maison // de chaque côté du fleuve / s’élèvent les piles d’un pont // ne sois pas d’un côté / ne sois pas de l’autre // sois de l’espèce des passeurs / des poètes et traducteurs »…

Dans le foisonnement des fragments poétiques, ce sont mille-et-un éclats de miroirs de la diversité et de l’universalité de cette relation aux frontières, le plus souvent à franchir, à dépasser, du moins à traverser, qui révèlent autant d’itinéraires propres à chaque auteur et de retours nécessaires ici et maintenant que de possibles départs vers des ailleurs qui n’attendent que nos pas…




Point de chute, la Revue !

La revue Point de Chute en est déjà à son cinquième numéro – sixième même si l’on compte le numéro zéro – et comme à chaque fois les poèmes qu’elle porte sont plein de la singularité de leurs auteur×ices. À chaque nouvelle parution, on déambule dans une « cabane » à la résonnance différente, assemblée avec soin par Joep Polderman, Victor Malzac et Stéphane Lambion.

Point de Chute

 ... est née au printemps 2020 d’un désir commun de jeunes poètes d’offrir à celles et ceux qui comme eux tâtonnent, un abri, une cabane dans laquelle reprendre son souffle, l’espace d’un instant. Tout est question de rythme, de cadence, de ponctucadence : il ne s’agit pas de s’attarder mais de s’y ressourcer pour mieux repartir – et revenir. Cette cabane, nous la reconstruirons ensemble chaque automne et chaque printemps. 

Sans paratexte, autre que les biographies des poetes×ses et une citation en guise d’édito, les mots sont donnés à lire dans la pureté de leurs échos. Les textes s’enchaînent en un déroulé fluide, « Peu de notes, des percussions surtout – à peine le bruit des mots qui chutent. » 

Revue Point de chute, sommaire n°5, 70 pages, 7 €.

Résolument contemporaines, les voix de ce numéro placé sous l’égide d’Annie Ernaux cisèlent leurs textes. Les mots sont simples, les langues percutantes « C’est un truc tu sais de l’ordre de ce qui tient » écrit Margaux Lallemant au début de son poème. Les styles sont nets, affirmés, différents. Plusieurs des poetes×ses abrité×es ont une pratique de la lecture et de la performance de poésie. Lors du lancement organisé à la librairie EXC, leurs voix ont occupé l’espace ; celle de Camille Ruiz, habitant au Brésil, s’est même donnée en poème sonore brûlant et aérien diffusé parmi les lectures, tout aussi incarnée qu’elles. On croise aussi dans cette cabane Héloïse Brézillon qui officie notamment à Mange tes mots dont elle est la co-fondatrice et où ses vers à l’intensité métallique tiennent chaque fois la salle en haleine, ou encore Norah Benarrosh Orsoni adepte des performances radiophoniques, souvent collectives.

Point de chute propose aussi à chaque nouvelle parution de faire traverser des poèmes qui n’existaient pas en français. On découvre les vers mystiques et sensuels de Viola Lo Moro, poétesse italienne traduite par Sara Balbi di Bernardo et la poésie spiralaire, parfois trash de Toby Sharpe traduite de l’anglais par Samuel Ferrer.

Héloïse Brézillon – « Les lieux qui m’ont sculptée ont perdu leur tranchant »

sur la table chêne
les mandibules des guêpes
déchiquètent mon enfance
en petits bouts
mordus
il y a
dans le son de la cloche d’alpage
le bourdon des voix de mes années 90
à table rentre il va neiger tu vas
attraper froid il faut la vinaigrette
pour les endives

 Camille Ruiz – « Terre rouge »

c’est dans un second temps
que vient l’odeur une vague
de mort endormie
dans une boîte en carton
cachée sous la bruyère

le duvet est blanc-neige-des-cimes
le sang rouge-cardinal autour
de la plaie se décompose
un tout petit animal
un chiot peut-être
sa tête est recouverte
par une serviette éponge
je dis mon chien ne regarde pas et il regarde
impossible de pleurer car les fourmis ont soif

« Corps célestes » – Toby Sharpe traduit par Samuel Ferrer

la prochaine éclipse solaire visible depuis Londres aura lieu le 29
mars 2025,
et dans huit minutes l’alarme de mon coloc se déclenchera,
et je l’entendrai cuire des oeufs sous une hotte rouillée.
en 1997, ma mère me donne le bain dans la salle de bain ambre,
des bulles de savons se mélangeant aux bénédictions dont je ne
connais que le son,
pendant qu’au travers des siècles
mes ancêtres s’enveloppent d’espérances,
des bergers offrant leurs troupeaux à l’horreur

La traversée, comme à chaque fois, anime et rassure, on en ressort empreint de fraicheur et du désir de continuer à construire.




Spered Gouez, l’Esprit sauvage, n°28/31ème année : L’Incertitude pour principe

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'après 31 ans, L'Incertitude ne peut être qu'un paramètre qui ne concerne en rien cette belle revue Spered Gouez, qui peut se pencher sur le concept ainsi qu'elle a abordé une pléiade d'autres thématiques, en toute altérité.

"A l'origine de Spered Gouez, il y a surtout un besoin d'explorer tout ce qui constitue notre Bretagne intérieure, d'affirmer sa géographie, ses éléments, son imaginaire et sa mémoire comme univers mental. Nous voulons puiser notre source sous le signe d'Armand Robin dans cette Bretagne universelle, non localisable, à la fois enracinement et errance, relier l'acte d'écrire à notre appartenance au monde, à la terre, revendiquer la Bretagne comme port d'attache permettant de larguer les amarres, en refusant l'enfermement, le repli sur soi."

Depuis 31 année, Marie-Josée Christien mène la route de cette revue qui dénombre 325 auteurs publiés en 28 numéros et 3 ouvrages hors-séries, et insuffle cet Esprit Sauvage, qui,  "s'il a un rapport évident avec Armand Robin, l'esprit sauvage est également une référence à l'oeil sauvage d'André Breton,  une parenté avec le son sourd, mat et  puissant   de la Bretagne sauvage et primitive dont parlait Gauguin, lui qui se définissait comme sauvage. C'est aussi, par dérision, un clin d'oeil humoristique, car nous sommes encore traités de sauvages et de barbares par un certain microcosme politico-intellectuel. Spered Gouez a le souci constant de ne pas être une simple addition de textes, mais de faire un oeuvre collective qui ait du rythme et du souffle, de créer une synergie pour que vive dans nos pages cet esprit sauvage qui se réfère à l'esprit et à l'imaginaire, qui parte du sol et de la terre nourricière."

 

Spered Gouez, L'Esprit sauvage, n°28, sous la direction de Marie-Josée Christien, Brest, 2022, 145 pages, 16 €.

Fondatrice, Responsable de rédaction et maquettiste, Marie-Josée Christien porte et transcrit sa Bretagne natale, et promeut sa langue vernaculaire, et sa littérature, à l'identité flamboyante, image des paysages de cette région unique et magnifique. 

Mais la Bretagne est un point de départ, un lieu d'où l'équipe regarde et accueille le monde, ainsi qu'en témoignent le sommaire de ce numéro qui affiche en couverture des photos de Aïcha Dupoy de Guitard, une Escale qui nous offre un dossier de Louis Bertholom sur Djamile Mama Gao, poète du Bénin, un Points de vue, Sève noire pour voix blanches de Jean-Louis Bernard (éditions Alcyone), lu par Jacqueline Saint-Jean, Marie-Josée Christien et Valérie Canat de Chizy, un Avis de tempête / Taol kurun qui décline une carte blanche à Monique W. Labidoire pour un billet d'humeur.

D'autres points de rendez-vous rythment la revue : Mémoire / Koun : François-René de Chateaubriand (Saint-Malo, 1768 - Paris, 1848) par Yannick Pelletier, des Chroniques sauvages : Nuits d'encre , chronique de Marie-Josée Christien : sous réserves des articles sur des livres de Fabien Clouette, Jean-Luc Le Cléac'h, Salah Al Hamdani, Patrick Picornot, Alain Lacouchie, Anna Jouy, Tahar Bekri, Hervé Martin, Cécile Aurimont, Béatrice Marchal, Christophe Dauphin, Lydia Padellec, Christian Bulting, Pierre Tanguy, Claire Fourier, Pierre Louarn, Patricia Godard, Marie-Hélène Prouteau, Jean-Claude Touzeil & Yvon kervinio, Passages , chronique de Guy Allix : articles sur des livres de Gérard Cléry, Gilles Baudry, Bruno Sourdin, Jean-Pierre Siméon ; des Vagabondages : notes de lecture par Claude Serreau, Jacqueline Saint-Jean, Eve Lerner, Pierre Tanguy, Louis Bertholom, Bruno Geneste, Patrice Perron.Sur des livres de Lydia Padellec, Chantal Couiliou, Gérard Le Gouic, Marie-Françoise Hachet de Salains, Jean-Paul Kermarrec, Christine Guénanten, Guénane, Jean Lavoué et un CD d'Eve Lerner ;  un Épilogue du cycle Armand Robin : Armand Robin, une histoire familiale en creux, par Gilles Ourvoie ; deux dossiers : Tamm-Kreiz, un focus sur Colette Klein, servi par un dossier  signé  Marie-Josée Christien, et la thématique du numéro, L'incertitude pour principe, illustrée par des poètes comme Guy Allix, Cécile Belleyme, Louis Bertholom, Jacques Bonnefon, Marie-Claude Bourjon, Christian Bulting, Valérie Canat de Chizy, Carole Carcillo Mesrobian, Marie-Josée Christien, Chantal Couliou, Lorenzo Foltran, Christine Kervéadou, Jean-Luc Le Cléac' h, Nelly Lecoq, Ghislaine Le Dizès, Antoine Leprette, Pierre Louarn, Philippe Mathy, Lydia Padellec, Damien Paisant, Patrice Perron, Jacqueline Saint-Jean, Sydney Simonneau, Murielle Vanderplanke.

Ces rubriques sont servies par une mise en page aérée, qui allie la légèreté d'un papier  crème et une typographie claire à caractères de belle taille, ponctuées par  les photographies des pages intérieures sont de Philippe Mathy et Cécile Belleyme.

Autant dire que Spered Gouez est un lieu où d'édifient, se croisent, se partagent, des voix et des poésies, du monde, accueillies par cette équipe, forte de ses années d'existence et de l'identité magnifique de cette terre d'observation, de vie et de création qu'est la Bretagne. 




PHŒNIX N° 38 – GIANNI D’ELIA

« Delusione ? Il est malaisé de transformer la désillusion en force stimulante. » : c’est sur cette interrogation sous la plume du rédacteur en chef, Karim De Broucker, que s’ouvre ce Numéro 38 de la revue Phœnix. Son dossier élaboré par Franck Merger et Luigi Sanchi consacré au poète italien Gianni D’Elia fait le lien entre l’héritage de la pensée de Pier Paolo Pasolini, écrivain du célèbre article du 1er février 1975 d’ Il Corriere della Sera ré-intitulé « La disparition des lucioles » et le réinvestissement de la critique de Georges Didi-Huberman, auteur de l’ouvrage philosophique titré, quant à lui en écho, « Survivance des lucioles ». Comme si le passage des « illusions perdues » résonnait en exhortation à reprendre le flambeau de l’écriture, ce à quoi s’est toujours appliqué le disciple pasolinien Gianni D’Elia dans la fréquentation de l’œuvre du maître avec lequel il a partagé les luttes sociales des années soixante-dix, ce qui n’a jamais empêché chez lui par ailleurs l’ouverture au présent, à l’accueil, à la rencontre.

Réitérant sa question en présentation : « Mais enfin, à quoi ça sert, la Poésie ? », Franck Merger donne quelques clés au lecteur : « On glanera dans ce dossier quelques éléments de réponse : à ressentir, à exprimer avec un langage particulier et à faire ressentir ce qui autrement serait au mieux froidement analysé ; à créer une communauté humaine unie par une expérience et un langage communs ; à unir les vivants à leurs morts et à leur présent ; à permettre qu’adviennent la musique ou un peu de silence… »

À cette « communauté humaine », les pages suivantes dévoilent l’entretien précieux de Gianni D’Elia et Luigi Sanchi, traduit par ce dernier. Elles évoquent tant la naissance de la vocation littéraire que les lectures fondatrices, la conception propre à l’auteur de la poésie, le travail de l’écriture, les engagements politiques et les expérimentations stylistiques… Tel « Un incroyable cadeau », le texte qui l’accompagne n’est autre que la traduction par Filomène Giglio d’un entretien que Gianni D’Elia donna en novembre 2015 au journal Il Resto del Carlino. Il révèle l’importance d’une photographie extrêmement chère à celui qui l’a reçue, trouvée « dans le portefeuille de Pasolini le jour où il a été assassiné »… Le témoignage de la liaison entre Ninetto Davoli et Pier Paolo Pasolini, tel un cri d’amour dans cette nuit atroce !

Revue Phoenix - N° 38, hiver 2022, 14 €.

S’inscrivant ensuite dans La littérature de ma patrie, la Brève rhapsodie civile de l’Italie Poétique d’après Dante, Campanella, Leopardi, Saba, Pasolini et Roversi démontre comment depuis le mythe du combat entre les frères Romulus et Rémus, l’Italie dès lors « fratricide » a été jusqu’à présent incapable d’une révolution véritable qui supposerait une destruction de l’ancien, autrement dit un « parricide », mais le poète italien ne renonce pas cependant à « L’écrin du rêve » : « Pourtant, nous avions un rêve, / non seulement jouir / du jour présent, mais / la joie aussi de le partager avec les autres, / avec les compagnes et compagnons de lutte, / tu te souviens ? » Signe également d’un compagnonnage artistique, la Lettre à Gianni D’Elia de Mario Richter fait vibrer la formule affectueuse de son adresse en fraternisation véridique : « Très cher Gianni, ». Reprenant par la suite à son compte la question initiale, Filomène Giglio se demande à son tour : « Mais enfin, à quoi ça sert, traduire la Poésie ? ». Elle sous-tend sa volonté de « ressentir, penser, tisser : traduire la poésie de Gianni D’Elia ». Enfin, le dossier s’ouvre sur deux poèmes inédits de Gianni D’Elia, traduits par Filomène Giglio et Franck Merger, faisant de la figure du « Poète » « Le versificateur / Du futur antérieur » et évoquant comment « La musique du temps » « Ramène à l’inachevé… »

Dans le « Partage des voix » entremêlant paragraphes en prose et strophes en vers,  Fabrizio Bajec, Marilyne Bertoncini, Alain Brissaud, Aodren Buart, Alain Fabre-Catalan, Christophe Forgeot, Christophe Frionnet, Myrto Gondicas, Bernard Grasset, Pierre Landete, Claude Tuduri  tissent les fils  de leurs textes respectifs…  Ainsi dans deux poèmes, « Poète-cormoran », en hommage à Tristan Cabral, et « Palingénésie », sur les œuvres croisées de la sculptrice Michèle Brondello et du peintre  Marcel Alloco, Marilyne Bertoncini interroge la matière des œuvres – mots, plâtre ou toile – et son impact sur la création artistique et sa finalité : « La toile panse-t-elle aussi l’imperfection du monde ? »

 Exploration également des arts plastiques, la prose poétique de Bernard Grasset questionne la démarche d’Aurélie Nemours, en empruntant des citations à ses écrits pour nourrir sa propre pensée, sondant l’énigme de la création : « « La vie est dans l’être ». Nuit et lumière. De l’éclat du silence jaillit le sens. Jour de fête, de calme allégresse. L’expérience a le sceau du brasier. Pureté du ton, encre de l’aurore. « Il faut choisir le mystère. » »

Quête d’absolu qui anime également le parcours de Maryse Gandolfo avec Gérard Neveu dont Louis Rama donne « Éclairage » de « La correspondance inédite de deux jeunes poètes – Une découverte », de 1943 à 1944 ! D’abord sa correspondante émerveillée, avant de devenir la compagne et la collaboratrice du peintre Pierre Ambrogiani, pendant 14 ans, puis collectionneuse d’œuvres d’art, elle s’affirme non seulement figure marquante du monde de la peinture à Marseille mais encore et avant tout poète ! En témoignage de cette première rencontre qui restera néanmoins amour idéalisé de Gérald Neveu pour sa jeune égérie, Maryse Gandolfo compose des poèmes ratifiant leur histoire commune et traçant dans ce dernier un chemin nouveau, celui d’un salut possible au-delà de la séparation envisagée : « les désespoirs sont inutiles / une autre Vie / une autre Ville. »

Invité des « Voix d’ailleurs », Umberto Piersanti, présenté par Cristina Bizzarri, et traduit par Monique Baccelli, dont les thèmes de prédilection sont d’une part, le temps différent, et d’autre part, les lieux perdus. Du moment magique de la contemplation d’un paysage après l’ascension d’une montagne à celui d’un retour à un lieu de mémoire, chargé de l’histoire tant familiale que personnelle du poète, son écriture condensée à l’essentiel semble graver, dans certains des poèmes choisis, l’instant crépusculaire, le soir d’une vie, ce retour aux racines : « ce sont les arbres secs, / douloureux, / seul qui a longtemps souffert / dans la vie / revient toujours ici / et tourne autour / avant que le soleil ne descende / et obscurcisse tout »...

En écho dédoublé, en double « génie du lieu », à juste titre, « Génie d’Oc », François Bordes propose dans « NOIR DE NUIT » le portrait en miroir de « JOË BOUSQUET PAR JACQUES HENRIC » : « Le Sud. Aux confins de l’Occitanie, à quelques kilomètres des terres catalanes. Départementale 627. Un homme du Sud conduit, seul dans la splendeur. » : cet homme, c’est Jacques Henric. Il aperçoit « la lointaine masse des Corbières » : « Pays ascétique et pur, mystique et hérétique, dissident en diable qui a porté et vu vivre l’un des plus grands poètes du vingtième siècle » : cet homme, c’est Joë Bousquet, « l’homme foudroyé, frappé par une balle sur le champ de bataille en 1918. », « l’homme fracassé, le poète à la colonne vertébrale brisée, au sexe inerte qui pourtant, envers et contre tout réinventa un art de dire et de vivre l’amour. » Double visage dans la traversée de cette nuit d’errance au cours de laquelle Jacques Henric verra également sa vue se voiler avant la guérison du regard, nuit commune, nuit en partage, nuit complice annonciatrice de la levée du soleil, œil réparateur !

Aube sur les presqu’îles d’une parole en « Archipel », les « Sporades » : Pascal Gibourg, « Besoin d’envol » où remonte sans cesse cette parole naissante : « Les mots viennent d’un lieu incertain, telle une eau souterraine, une source inexpliquée. »,  Jean-Paul Rogues, « La neige au crépuscule » où l’expérience glissante au soir qui descend rend cette même parole rare : « Il est alors très dur de se mettre à parler, de retrouver les mœurs d’un langage qui semble en état de fabrication à côté de la consistance terrible des choses. », Katia Bouchoueva, « Petites criques de charme » où l’auteur confie : « J’y ai trouvé aussi de courtes et belles / paroles dans les platanes / deux petits oiseaux perdus (à qui ? à vous ?) », Maud Thiara, « Tu écris sur toile à cerf-volant » où s’entend « ta langue de pierre / où muer peut-être », Anne Mulpas, « Ciel-qui-lit (lecture de Juin sur Avril de Elke De Rijcke) » où l’on perçoit : « L’émotion tisse les fils de la pensée. »

Jacques Lucchesi, en critique d’ « Arts », se livre, quant à lui, à un panorama de trois expositions récentes : Hôtel de Caumont : Raoul Dufy et l’ivresse de la couleur, Art-O-rama, 16ème édition, Vues sur la mer au Musée Regards de Provence, où la sagacité du jugement se conjugue à l’élégance du style, tandis qu’André Ughetto s’exerce au « Grappillage N°7 » rendant tout le suc de sa récolte en grappillant des ouvrages récents : Arnaud Villani, Petites vignettes érotiques, chez Unicité, L’Exigence de la chair, poèmes de Nathalie Swan, aux éditions de Corlevour, Dits de la pierre, de Bernard Fournier, chez La Feuille de thé, et enfin, Vers l’apocalypse, de Jean-Luc Steinmetz, au Castor Astral… La revue PHŒNIX N°38 s’ouvre alors aux diverses autres « Lectures » par leurs multiples lecteurs avisés : Etienne Faure, Gérard Blua, Philippe Leuck, Murielle Compère-Demarcy, Michel Ménaché, Franck Merger, Karim De Broucker, Nelly Carnet, Anne-Lise Blanchard, Jean-Pierre Boulic, Nicolas Rouzet, Claude Berniolles, André Ughetto, Nicolas Jaen, Lénaïg Cariou, Anne Gourio, Charles Jacquier, Jean-Paul Rogues… À travers cet amour partagé de la poésie, ouvrons encore le partage par la formule conclusive de l’avant-propos de Karim De Broucker : « Difficile de pratiquer la poésie sans amour, ou d’aimer sans poésie… Paul Éluard lui aussi voyait les deux ne former sur ces cartes que le flux d’un unique océan : « L’amour la poésie ». »

 




Machinations pour un dernier opus : FPM hors série

Jean-Claude Goiri l'a annoncé, voici le dernier numéro de FPM, revue littéraire exclusivement réservée à la création contemporaine, dont la première publication  date de 2014.

FPM, Festival Permanent des mots, est une revue de création littéraire dans laquelle les auteurs jouent avec les cadres, les tabous et les normes afin de convoquer un monde où le mot est une arme d'insurrection pour la connaissance de l'autre et de soi.

La poésie, l'art et la philosophie nous permettent une révolution intérieure radicale, une trans-formation, qui nous fait accepter ou refuser nos aliénations intimes et collectives, sans notion de bien ou de mal, simplement pour s'affirmer ou s'effacer devant l'inévitable "autrui".

Alors : Nous topographions nos territoires afin d’en abolir les frontières. Parce que rencontrer l’autre, c’est se soulever tout à fait.

Le sommaire de ce hors série papier, le dernier, propose des voix très différentes : Olivier Bastide, Tom Buron , Luigi Carotenuto, Sébastien Cochelin, Sandrine Davin, Brigitte Giraud, Alain Henri, Jacques Cauda, Jacques Sicard, Muriel Modély, Myriam OH, Pierre Rosin, Fabrice Schurmans, Jérémy Semet, Perle Vallens, Corrine Le Lepvier pour les images et les collages...

Habituellement publiée en format numérique sur Calameo, nous avions oublié l'allure incroyable de cette revue lorsqu'elle s'habille de papier, ici en noir et blanc,  format A5, imprimée sur de l'ivoire 90g. Ce dernier  numéro montre ce dont Jean-Claude Goiri est capable, lorsqu'il s'agit de créer des livres. Car les livres, chaque livre, tous les livres, toutes les publications qui portent le sceau Tarmac, sont beaux. Mais il ne s'agit pas de beauté consensuelle, mais d'une singularité remarquable.   Ils font sens, allient l'image aux pluralités sémantiques jamais figées de toutes les acceptions possibles des textes publiés. Ici, donc, comme ailleurs, cette dernière éditions de la revue FPM, Machinations, est belle de tout ceci.

"Beaux" également les nombreux textes qu'elle propose, parce que chacun, poème, prose, ou tout ceci en même temps, se distingue des autres, s'y rallie par cette seule qualité : former épaisseur, soustraire toute littéralité du substrat de la langue, et comme de petites entités uniques et ouvertes aux autres, constituer cette globalité rarement façonnée d'un fascicule où rien ne manque, et d'où rien ne pourrait être soustrait. Sans autre paratexte que la table des matières, et la page de titre de la revue, toute latitude leur est offerte pour déplier leurs univers, ponctués par les collages de Corinne Le Lepvrier.

Machinations, FPM Hors série Papier, novembre 2022, 112 pp., 12 euros.

Dispositif qui nous permet sans heurts de passer d'un imaginaire à l'autre, d'un parole à l'image, et de laisser grandir notre étonnement, voire émerveillement, face à certaines voix proposées !

Zelda Bourquin, La Nonne :

Alors chaque dimanche, moi, je fête le jour de la 
Seigneure

Au nom de la mère
De la fille
Et de la Sainte Esprit

Sous mon voile
Mes cheveux brûlent de dire
La prison verbale
Des vœux de silence
Pas seulement dans le couvent
Mais partout à l'extérieur, pour les femmes, le couvent est généralisé, partout
Et le voile, on le porte toutes
Voile poudré de chez Guerlain, pour une peau de bébé,
Voile anticellulite de chez Garnier pour une peau lisse à l'endroit des cuisses
Voile de mariée pour enfanter à coup sûr
Et dire je l'ai réussite cette vie finalement

Sébastion Cochelin, HARD NEWS 2020, L'interview (en direct !) (en duplex !) (en exclu !)

HARD NEWS...

 

[ le ministre de la cohésion du territoire et des remontées structurelles dénonce une tentative insidieuse de faire de lui un bouquet missaire ] ça ne nous gêne pas du tout non en fait le gouvernement se met juste à la page c'est le sens de l'histoire il n'y a pas de ligne rouge de franchie on est en retard c'est l'heure de la météo dans quelques instants nous reviendrons sur cette GROGNE des fonctionnaires maintenant c'est la météo avec les pompes à chaleur Loborées

JINGLE 1 / BILBOARD IN 1 / JINGLE 1 OUT / BILBOARD OUT DU IN 1 JINGLE OUT / METEO 1 AM 2 FAI 

Brigitte Giraud :

On ne sait pas dire le soleil tombé n'importe où.
Le soie a failli, petite fille !
                       Que faire de nos mots de guingois ? De nos cheveux écorchés
comme des chevaux ?

On voudrait courir.   On ne court pas.
On voudrait crier.      On ne crie pas.
Et qui viendrait,
quand l'esprit dit au corps : "Parle en mon nom. Parle haut."

 

Tom Buron, Lait de panthère (Suds) :

 

Entre l'écume et la griffe,
il s'immole l'estomac d'admettre
à cette meute de grands migrants du sablier
n'avoir pu prendre la vie de la monture agonisante
Que c'est une drôle de varappe jusqu'à l'arachnoïde 
Que chaque croix dans la nuit est universelle
et que le vautour aussi
aime le lait de panthère.

Amel Zmerli :

L'ennui, c'est un art. L'ennui n'est pas un acte. L'ennui, c'est mon beau frère avec son hamburger, plus facile à manipuler qu'une console de jeu. Ma patiente innocente aime le lait de riz et le lait de soja. Les parapluies sont de retour pour que tout ça reste au sec. Les cailloux ne sont plus ce qu'ils étaient.

Rien d'autre que le texte pour témoigner du texte, que les extraits pour rendre compte de l'ensemble.

Grande revue à laquelle il faut rendre hommage, grand Monsieur auquel il faut témoigner de notre gratitude pour ouvrir des chemins vifs et neufs à la Littérature. Machinations, FPM Hors série !




Le centième numéro de Traction-Brabant

La revue poétique Traction-Brabant a fêté en septembre 2022 son centième numéro. Mais faut-il encore revenir sur l’appellation « revue poétique ». Patrice Maltaverne, qui dirige Traction-Brabant depuis 2004, le définit plutôt comme un « fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts ».

Un fanzine est un type de publication à tirage limité, très en vogue aux États-Unis et en Amérique Latine, qui met en avant des créations littéraires et artistiques émergentes. Il se caractérise souvent par un engagement politique et esthétique fort.

Dans l’esprit des fanzines, Traction-Brabant revendique une volonté de « faire circuler [...] une poésie pas trop classique ni trop molle ». Ce numéro cent est fidèle à ce programme. Détournez le regard, amants du vers classique ! Ces pages sont occupées par une contestation des formes traditionnelles de la poésie. Le titre du premier poème que nous y lisons, signé Sébastien Kwiek, le montre bien : « Les mots sont moches ». La publication nage ainsi à contre-courant, que ce soit dans ses contributions poétiques ou graphiques.

Le poème de Julien Boutreux adhère aussi à cet esprit éclectique, mélangeant constamment des imaginaires tantôt mythologiques, tantôt scientifiques ; des registres tantôt littéraires, tantôt familiers. Ainsi nous y retrouvons un « Léviathan de tungstène » côtoyant un « vieil Ulysse [...] / sur son 31 ».

 

Traction-Brabant n°100 « Je le 100 bien ! », ed. de Patrice Maltaverne, Association Le Citron Gare. Septembre 2022, non paginé, 3€.

Enfin, quoique les dessins de Pierre Vella occupent une place de choix, les nombreuses créations graphiques entre ces pages répondent également à un esprit de variété et d’étonnement. Peintures, photographies, collages illustrent Traction-Brabant. Une mention spéciale à ce que nous appellerons volontiers un poème-dessin à la manière de Man Ray réalisé par Michelle Caussat qui signe également une prose à la fin du numéro.




Avis de naissance ! Carabosse, une nouvelle revue de poésie

Ce numéro #1, Nos corps manifestes, est beau ! Ne nous perdons pas dans des périphrases stériles, tout comme ce fascicule ne prend pas de gants pour montrer l'épaisseur du monde poétique. Toute vêtue de noir et blanc, ce bébé déjà grand ne perd pas une miette de la place que proposent ses pages remplies de textes et d'illustrations.

Revue au féminin, "Revue à sensibilité féministe et poétique", qui problématise  la place et l'identité des femmes, et particulièrement des femmes créatrices, et Dieu sait qu'il y a encore tant à dire, et à faire, Elisa Darnal et Adeline Miermont-Giustinati se sont entourées de la photographe Jeanne Guerrier et de la conceptrice graphique Aurore Chapon. Cela donne 34 pages de pur bonheur, pensé comme

...un laboratoire poétique, c'est à dire un espace à habiter, qui se compose en permanence et témoigne de pratiques diverses.

Ouverture donc, servie par une présentation qui explicite le choix du nom de la revue, Carabosse, le fée glauque et glam ? suivi par un édito tissé de prose poétique entrecoupée de vers d'Adeline Miermont-Giustinati. 

Ce tout premier numéro met donc l'accent sur le corps des femmes, sur ces archétypes pesants qu'elles portent encore aujourd'hui, et qui façonnent malheureusement toujours leur inscription dans le monde.

Revue Carabosse, #n°1, Nos corps manifestes, 37 pages, 8 €, https://www.carabosse.online

Pour ce premier numéro, nous commencerons par explorer un territoire sensible, celui d’un corps féminin loin de la muse ou du fantasme. Longtemps dépossédées de leur image, les femmes s’émancipent encore difficilement de la dictature orchestrée par l’industrie et la publicité. L’obsession de l’apparence réduit à des représentations hypersexuées et truquées et le cantonne à être un objet de désir. 

Besoin absolu et présence nécessaire de l’intime ! Dire la relation complexe qui s’instaure avec son propre corps, fait se rejoindre le littéraire et le politique.

Corps écrit, puisqu’on parle de lui, corps écrivant puisqu’il se dit. Générateur et producteur d’une parole poétique, comment le corps des femmes est-il pris en charge par les voix de poétesses aux accents multiples ? Nous ne ferons que poser quelques jalons dans le foisonnement d’une langue poétique qui se redéfinit sans cesse et cherche à dessiner les contours du sujet-corps, chair féminine éprise, mais refusant de se laisser accaparer au détriment de son désir propre.

 

Au féminin, donc, des Notes de lecture, une Causerie avec Laure Limongi, et de la poésie, visuelle aussi, car il faut saluer la qualité des illustration qui rythment les textes, se superposent, haussent le ton en même temps que les mots pour dire que la poésie, la littérature, et l'art, au féminin, n'a rien de plus ni de moins que tout ceci au masculin, juste pareils, semblables, les identités disparaissent là où exister s'énonce.